Paroisse de Sèvres, église saint-Romain, église Notre-Dame des Bruyères
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      Pour une petite théologie du Sel…

Pour une petite théologie du Sel…

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  • 19 décembre 2017

Depuis plus de deux mois, les messes du dimanche matin, autrefois célébrées en l’église Saint-Romain, le sont désormais dans ce lieu, profane par excellence, qu’est le Sel.


Ces quelques lignes sont simplement un début de réflexion sur ce que peut signifier ce changement de lieu… à charge pour les paroissiens
de poursuivre ce débat…
Au premier abord — et même s’il y eut un précédent, en 1989 — ce nouveau lieu de culte n’est pas évident, surtout dans une salle de cinéma où sont projetés des films de tous genres. Pour d’autres raisons — voir les réactions d’élus locaux dans Le Sévrien de décembre dernier — d’aucun jugent sévèrement une possible atteinte à la sacro-sainte laïcité, la pratique religieuse se devant d’être une affaire strictement privée.
Il y a des paroissiens de Saint-Romain qui n’ont pas souhaité venir à la messe au Sel ; c’est leur droit le plus strict, même si le cœur d’un prêtre est un peu meurtri par ces défections, qu’on espère momentanées.
Mais, très globalement, ces dimanches matin au Sel sont unanimement appréciés : le silence, le recueillement, la vue dégagée sur l’autel et une liturgie qui demeure fort digne. Même les jeunes couples sont heureux de cette mezzanine qui peut accueillir, avec une moquette confortable, les ébats des enfants.
Plus profondément, cependant, ces messes du Sel peuvent nous interroger sur la rupture opérée par le christianisme au sujet de la notion de ‘lieu sacré’.
Si la dimension spatiale du sacré est importante dans le judaïsme (la Terre, le Temple…), la rupture n’apparaît-elle pas dans le dialogue du Christ et de la Samaritaine ? « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne, ni à Jérusalem pour adorer le Père […]. L’heure vient — et c’est maintenant — où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père » (Jn 4, 21 – 23).
Maurice Zundel commente ainsi : ‘Il s’agit de passer d’un dieu extérieur, considéré comme un pouvoir qui domine et qui limite, à un Dieu intérieur, secret, silencieux, dépouillé, fragile, intérieur à nous-même et qui nous attend à chaque battement de notre cœur, dans le plus secret et le plus profond de notre intimité’ (Ton visage, ma lumière, p. 116).
Le véritable sanctuaire de Dieu, c’est chacun de nous ; le pape saint Grégoire le Grand ne disait-il pas : ‘Le Ciel, c’est l’âme du juste’… ?
Est-ce à dire qu’on peut, en régime chrétien, se passer de lieu sacré ? Admettons qu’il n’a plus ce caractère dominant qui prévalait dans le judaïsme. J’en veux pour preuve ces très nombreuses messes scoutes que j’ai pu célébrer en forêt, en pleine campagne ou même parfois dans des granges, durant ces 33 ans où je fus aumônier scout.
L’insistance sera plutôt mise dans l’orientation : on célèbre vers le « Soleil levant qui vient nous visiter » (Lc 1, 78).
C’est bien pourquoi, en fond de salle, figure au Sel le Christ ressuscitant du retable d’Issenheim. Mais, derrière l’autel, au centre, est la croix, puisqu’à chaque messe, nous sommes mis sous la croix, comme la Vierge et saint Jean, par le même sacrifice rendu présent, cependant d’une manière non sanglante.
L’Eglise a néanmoins maintenu des lieux sacrés — ils le sont par une dédicace — lieux qui peuvent être d’ailleurs désacralisés. Et si l’on a récemment remis en valeur la religion dite ‘populaire’ c’est bien parce que l’homme a besoin de signes tangibles de
la présence du divin. ‘Finalement, nous sommes très bien au Sel’ me faisaient remarquer — avec humour, j’espère — plusieurs paroissiens, sous-entendu : ‘A quoi bon revenir dans l’église !’.
Ne vous inquiétez pas : la réouverture d’un Saint-Romain tout neuf — c’est d’ailleurs un édifice orienté — est toujours prévue en 2019. Quoi qu’il en soit, cet épisode de quelques années de restaurations doit nous permettre, en étant confrontés à plus de sobriété, à approfondir notre relation au Seigneur qui n’est « ni sur cette montagne ni à Jérusalem », mais dans le Christ, corporellement présent et dans la gloire du Ciel, lors de chacune de nos messes et qui veut faire de chacun de nous son tabernacle.
Père Hervé Rabel

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