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      Homélies d’octobre 2017

Homélies d’octobre 2017

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  • 9 octobre 2017

Un appel à une conversion pastorale : devenir « disciple-missionnaire »
Dimanche prochain, 22 octobre, nous célébrerons la Journée missionnaire mondiale.
Avec pour nous, à Sèvres, en filigrane, la fermeture de Saint-Romain. Dans son intervention en fin de messes, le 8 octobre, l’Equipe d’Animation Pastorale insistait : « C’est en effet [cette fermeture] une occasion unique de revoir de fond en comble notre fonctionnement et de bâtir ensemble des priorités et des orientations nouvelles pour notre communauté ».
Une occasion unique de répondre généreusement à l’appel du pape François (La Joie de l’Evangile) : « Nous sommes tous appelés à cette nouvelle ‘sortie’ missionnaire […], tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile ».
Et le pape insistait : « En vertu du baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple-missionnaire […]. Nous ne disons plus que nous sommes ‘disciples’ et ‘missionnaires’, mais toujours que nous sommes ‘disciples-missionnaires’ ».
Mais, rappelons-nous, il y a … 42 ans, Paul VI n’écrivait-il pas (Evangelii Nuntiandi) :
« Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Eglise, son identité la plus profonde » ? Et depuis, les défis se sont accumulés : indifférence massive, culture chrétienne en chute libre… Un des responsables du Congrès Mission, qui s’est tenu à Paris récemment, le soulignait : « Les catholiques pratiquants sont devenus comme des martiens pour la plupart de nos contemporains ».
C’est pourquoi, toujours dans La Joie de l’Evangile, le pape nous bouscule : « La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère du ‘on a toujours fait ainsi’. J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés ».
N’est-ce pas, d’ailleurs, ce à quoi nous invitait notre évêque dans sa Lettre pastorale
d’octobre 2016 ? « Nous ne pouvons pas reconduire les mêmes schémas pastoraux […]. Je souhaite lancer une dynamique missionnaire […]. Cet élan souhaité pourrait s’organiser autour du thème ‘disciple-missionnaire’ ».
Faire connaître et aimer le Christ, c’est bien le coeur de notre mission de baptisés mais, pour cela, il s’agit de nous enraciner plus profondément dans le Seigneur ; un autre responsable du récent Congrès Mission remarquait : « L’obstacle principal à l’évangélisation réside dans notre difficulté à cultiver une vie intérieure profonde, une vie d’intimité avec le Christ ».
Et de nous interroger : « Nous devons aussi regarder avec lucidité nos structures ecclésiales : sont-elles au service d’un patrimoine à conserver au d’un peuple à enrichir de nouveaux baptisés » ? Une communauté qui n’a pas le désir de la mission est une communauté moribonde.
Dans cette perspective, considérons, au lieu de gémir, la fermeture (provisoire !) de
Saint-Romain comme une chance pour notre communauté, puisqu’elle nous bouscule. A condition, bien entendu, que chacun accepte de sortir de ses habitudes, voire de ses ronronnements, pour vivre plus pleinement du Christ et L’annoncer avec joie et courage.

26ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - Saint-Romain - 1er octobre 2017

1) Il s’agit d’un père…

Un père avec 2 fils. Rappelons-nous la parabole de l’Enfant prodigue : « Un père avait 2 fils… ». Même chose. Pourquoi 2 : « Quand 2 ou 3 serons réunis en mon nom… ». N’est-ce pas une amorce de l’Eglise, où nous avons à nous entraider ? « Dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, on s’encourage avec amour », écrit St Paul. Remarquez que c’est ce père qui prend l’initiative : « Il vient trouver le 1er… il alla trouver le second ». Non pas en brusquant, mais en sollicitant : « Mon enfant », avec toute cette nuance de tendresse…

J’insiste sur l’Eglise parce que c’est l’installation de notre curé ; c’est lui qui est pasteur et qui aura à nous redire que nous sommes enfants d’un même Père, appelés à faire l’expérience de la tendresse de ce Père. Ce dimanche, c’est aussi le 3ème Congrès Mission, à Paris. Son responsable nous interroge : ‘Nos structure ecclésiales : sont-elles au service d’un patrimoine à conserver ou d’un peuple à enrichir de nouveaux baptisés ?’ Il ne s’agit pas de faire ‘tourner une boutique’ !

2) Ce père, c’est un père qui parle…
« Il lui dit… il lui parla de la même manière ». Ce père agit par sa Parole. « Ainsi parle le Seigneur », voilà commence ce passage d’Isaïe. Et, bien sûr, aujourd’hui, Dieu parle par sa Parole faite chair, NSJC. Et ce père nous dit, par ce Fils : « Va travailler aujourd’hui ». Parce que cela urge. ‘Le monde est en feu, s’écriait la grande Ste Thérèse’, ce n’est plus le moment de parler de choses de peu d’importance’. Le monde est en feu. Aujourd’hui, nous sommes envoyés. Regardez la volte-face du 1er ministre, au sujet de la ‘PMA pour tous’ : nous basculons dans le transhumanisme, avec le règne du désir sans limite, l’enfant devenant un objet.

Toujours le responsable du Congrès Mission, Raphaël Cornu-Thénard, nous dit : ‘L’obstacle principal à l’évangélisation réside dans notre difficulté à cultiver une vie intérieure profonde, une vie d’intimité avec le Christ’. La messe ne suffit pas : où en est-on de notre vie de prière, d’oraison, de méditation de la Parole. Sinon, la messe ne sera qu’un moment pieux, qui ne nous changera pas, et nous ne répondrons pas à l’appel du Christ : « Va travailler ! ».

3) Ce père nous parle… mais il attend notre réponse !
Le passage des Philippiens nous donne la réponse du Fils. Et Paul insiste : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus ». Cette tendresse du Père - « Mon enfant » - à rayonner, à transmettre. Comme nous sommes timorés ! Un petit peu de piété le dimanche, mais est-ce que ça change vraiment notre vie. Cette vigne, le monde, si abimé aujourd’hui, y va-t-on pour annoncer la Bonne nouvelle de l’amour de Dieu ?
Une chose me frappe : devant l’église, sur la petite place, cette foule de jeunes qui passent, allant au collège, au lycée. Combien ont fait l’expérience de cet amour ? J’entendais une fille dire à un garçon, en montrant l’église : ‘Je ne suis jamais entré là’. « Que toute langue proclame : Jésus-Christ est Seigneur » demande St Paul…e pape nous dit que ‘nous devons être en état permanent de mission’. Un autre organisateur du Congrès Mission insiste : ‘les catholiques pratiquants sont devenus comme des martiens pour la plupart de nos contemporains […] Ils ont le devoir de dire la foi de toujours avec des mots d’aujourd’hui. Faute de quoi, ils ne seront plus compris du tout’. Encore faut-il répondre à l’appel du Père : « Va aujourd’hui travailler à ma vigne ».
Père Hervé Rabel

27ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - Saint-Romain - 8 octobre 2017

1) Il y a le monde
Ce monde, il a été créé par le « bien-aimé » (Isaïe) : il a donc été créé par amour. Et dans ce monde, ce « domaine », il y a une vigne, un peuple particulièrement choyé. Mais dès l’origine, le salut de ce monde est annoncé avec la « tour de garde », la Vierge Marie : ‘Tour d’ivoire, priez pour nous’ (Litanies de la Vierge), et surtout le « pressoir », celui de la croix, de la Victoire du crucifié. Ce monde aimé par le Créateur est donc destiné à devenir le Royaume, quand arrive « le temps des fruits ».
On le vois donc, le monde, la création, n’est pas foncièrement mauvais à l’origine. D’ailleurs, « Dieu vit que cela était très bon »… Et ce monde nous est confié, puisque le propriétaire « loue cette vigne à des vignerons ». La pire des choses - et c’est peut-être le réflexe chez certains catholiques – ce serait de déserter, de se retirer de ce monde, frileusement. Vatican II nous a rappelé que les laïcs ‘sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde’ (Lumen gentium § 31) et c’est repris en 1989 par saint Jean-Paul II dans la grande exhortation sur la mission des laïcs : ‘Le ‘monde’ devient ainsi le milieu et le moyen de la vocation chrétienne des laïcs’ (§ 15). La fermeture de Saint-Romain nous oblige, d’une manière ou d’une autre, à sortir de notre église : n’est-ce pas un appel à nous investir plus profondément dans ce monde qui nous est confié ?

2) Dans ce monde, il y a de la violence
Finalement, cette parabole de l’évangile nous rappelle la blessure qu’a causé le péché originel dans ce monde. Nous sommes dans un monde profondément abimé. Bien sûr, la parabole, qui s’adresse aux grands prêtres et aux anciens, juste avant la Passion, vise d’abord les juifs mais, plus largement, il s’agit de chaque homme. Et, en même temps, elle montre cette folie de l’amour de Dieu qui, inlassablement, repropose son alliance, qui, sans se lasser, prend patience malgré cette violence. Jusqu’à envoyer son Fils.
Cette violence, comment la nier aujourd’hui ? Elle est bien présente avec l’Islam, les attentats, cette insécurité permanente. C’est le plus spectaculaire mais, beaucoup plus insidieusement, il y a ce travail de sape de la déconstruction de l’homme, de la société : c’est la violence à l’état pur, puisqu’elle remet en cause notre image de l’homme. Nous allons vers un homme ‘augmenté’, vers une démesure sans limite. Et il s’agit, pour nous, d’être bien conscient de cette violence primordiale, fondamentale.

3) Mais de ce monde de violence, Dieu nous dit qu’il va sortir « une merveille »
« La merveille devant nos yeux ». Les grands prêtres et les anciens en restent à la loi du talion : « Ces misérables, il les fera périr misérablement ». Ce n’est pas la logique de Dieu : ce monde créé par le bien-aimé devient, par le Christ, la « pierre rejetée », une merveille. Ce Fils jeté « hors de la vigne », supplicié hors de Jérusalem, et tué, va, par sa résurrection, opérer une re-création, être plus fort que la violence. Par sa mort, la violence et la mort ne vont pas avoir le dernier mot.
Et c’est a nous de « mettre en pratique », comme le dit saint Paul, cette merveille. Car « la nation qui lui fera produire ses fruits », c’est l’Eglise, c’est chaque baptisé, dans l’espérance de la victoire du Christ. C’est pourquoi saint Paul peut écrire aux Philippiens « Ne soyez inquiets de rien », malgré la violence du monde. Pas inquiets, mais pas naïfs ! Ou résignés… Ce monde si blessé, et de plus en plus aujourd’hui (où est l’optimisme des 30 glorieuses ?), nous est confié. A nous de vivre vraiment de cette « pierre d’angle », le Christ, et à travailler, dans ce monde, au cœur de ces réalités, pour que vienne le Règne du Père. C’est une mission urgente, essentielle, qui nous attend.

Père Hervé Rabel

28ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - St Romain/N-D des Bruyères - 15.10.2017
1) Il s’agit de noces
Et c’est la suite de l’évangile de dimanche dernier, qui annonçait l’Eglise, cette « nation appelée à donner du fruit ». Aujourd’hui, le Seigneur précise l’objectif de la mission qu’Il nous confie : faire sa joie en partageant sa vie même. Parce que la Création a été une très bonne chose ; parce que le Fils, rejeté par les vignerons, est devenu cette « pierre d’angle », reprenant dans ses fondements mêmes cette création abimée, pour en faire une « merveille ». Pourquoi avons-nous été créés ? Pour devenir participants de cette joie des noces du Fils, de cette Alliance nouvelle et éternelle. Jean-Baptiste ne s’est-il pas présenté comme « l’ami de l’Epoux » ?
Oui, le Seigneur souhaite nous épouser, avoir avec nous la plus profonde des relations. J’ai été au séminaire de l’Institut Catholique, là où eurent lieu les massacres de septembre 1792. Les assassins, en parlant de leurs victimes s’écriaient : ‘On aurait dit qu’ils allaient à des noces !’. Et le prêtre ne dit-il pas avant la communion – c’est la bonne formule - : ‘Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau !’. Réalisons-nous, en profondeur, ce désir de notre Dieu ? « Venez ! Tout est prêt ! ». Cette joie de Dieu lorsque nous répondons à son appel. Joie qui s’épanouira, en plénitude, au Ciel.

2) Mais il s’agit également de l’indifférence de ceux qui sont conviés
Bien sûr, cette parabole s’adresse d’abord aux grands prêtres et aux pharisiens, les juifs qui vont être sourds à l’appel du Christ, qui vont maltraiter et tuer les prophètes. Et elle annonce ces ouvriers de la dernière heure de dimanche dernier, l’Eglise, ceux qui vont accueillir l’Epoux pour ces noces éternelles.
Cependant, rappelons-nous, par exemple, le message du Seigneur à sainte Marguerite-Marie, en 1675, à Paray-le-Monial : ‘Voila ce cœur qui a tant aimé les hommes et, pour reconnaissance, je ne reçois, de la plupart, que des ingratitudes’. Bien sûr, il y a cette indifférence massive de nos contemporains, qui vivent comme si Dieu n’existait pas, avec toutes les conséquences dramatiques que cela entraîne. Mais quant est-il de nos propres indifférences, de notre désinvolture. « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous » s’exclamaient les disciples d’Emmaüs : notre cœur est-il vraiment brûlant, pour réponde à cette invitation aux noces de l’Agneau. Péguy disait : ‘Il n’y a rien de pire qu’une âme habituée’… La création, la rédemption, sont une longue histoire d’amour, qui ne peut s’achever que si nous disons ‘oui’, que si nous entrons pleinement dans ce mariage d’amour que Dieu veut contracter avec nous.

3) Enfin, il y a cet étonnant silence de l’homme qui ne portait pas le vêtement nuptial
La réaction de ce roi peut surprendre : il fait périr, il incendie, il jette dehors. Mais attention, il s’agit d’une parabole. Ce n’est pas la réaction de notre Dieu qui ira, par son Fils, jusqu’aux noces sanglantes de la croix. Pour que l’Alliance éternelle soit consommée. Mais, dans la salle, il y a cet homme qui « ne porte pas le vêtement de noce ». Qu’est-ce à dire ? Rappelons-nous les jeunes filles insensées qui n’emportent pas d’huile : c’est la même chose, ces gens là n’ont pas le désir de répondre à cette invitation nuptiale.
Alors, et ce silence ? « Mon ami » dit le roi : ultime invitation, qui sollicite une ultime réponse. Mais l’autre gardera le silence. « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » dit Jésus. C’est donc un appel, cet évangile, à réveiller notre désir de Dieu, en prendre les moyens, à ne pas répondre par un silence, mais par la prière, la méditation de la Parole, le sacrement de la confession, ce grand oublié. L’attention à Dieu qui ne peut se faire que par l’attention au plus petit. Bref, à nous déposséder de tous nos égoïsmes, pour accueillir Dieu et le faire vivre. Réaliser cette indifférence massive et y répondre, par notre désir de vivre et d’annoncer cette folie de Dieu qui veut nous épouser, pour sa joie et pour la nôtre.

Père Hervé Rabel

29ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - Saint-Romain - 22 octobre 2017

1) Quel rapport à la vérité ?
De fait, les pharisiens mettent Jésus à l’épreuve au niveau de la vérité. Question cruciale, ou plutôt évacuée aujourd’hui : ‘A chacun sa vérité’. Car tout se vaut. Benoît XVI évoquait ‘la dictature du relativisme’ et il faudrait relire le texte de saint Jean-Paul II : ‘La splendeur de la vérité’. Ne plus se rattacher à Dieu, à la loi naturelle est source de toutes les dérives. ‘Si la vérité transcendante n’est pas reconnue – écrivait Jean-Paul II – la force du pouvoir triomphe’ et il ajoutait : ‘Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois’.
Parce que, pour nous, la vérité est transcendante puisqu’elle réside en Jésus : « Je suis la vérité ». Jean-Paul II insistait : ‘Il convient que l’homme d’aujourd’hui se tourne à nouveau vers le Christ pour recevoir de Lui la réponse sur ce qui est bien et sur ce qui est mal’ et, aux JMJ de 2011, Benoît XVI soulignait : ‘La Vérité n’est pas une idée, mais une personne, Jésus-Christ’. Nous avons à nous tourner, à tourner le monde vers le Christ, pour faire des choix conforme à la dignité de l’homme, pour être vraiment libres, pour aller vers le Bien.

2) Quel rapport à la liberté religieuse ?
La phrase de Jésus sur César et Dieu fonde la saine laïcité : il y a le domaine de l’Etat, et celui de Dieu ; avec non pas une séparation, mais une distinction. Or, tout cela est remis en cause dans nos sociétés sans Dieu car, écrivait Chantal Delsol ‘La laïcité est la manière d’être et de vivre des sociétés chrétiennes’. Mais ce qui est une de nos pierres d’angles est aussi remise en cause par l’Islam, qui n’est pas tant une religion qu’un projet global de société, ignorant cette distinction Dieu/César, donc ignorant la liberté religieuse.
Quelle est aujourd’hui la menace prioritaire ? Jean-Paul II parlait de totalitarisme et, bien avant, Bernanos écrivait : ‘La civilisation totalitaire est une maladie de l’homme déspiritualisé’. A court terme, nous avons sans doute perdu la guerre anthropologique, mais il nous faut défendre cette cause essentielle de la liberté religieuse, rappelée par Vatican II : liberté des écoles (cf. Peillon : ‘arracher l’enfant…), liberté de pensée, liberté des média… Afin que le Royaume soit annoncé dans toute sa beauté, pour le bien de l’homme.

3) Quel rapport aux idoles ?
Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et le Seigneur, dans Isaïe précisait : « Hors moi, pas de Dieu ». Depuis toujours, c’est l’idolâtrie qui est le péché principal d’Israël. Or aujourd’hui, que d’idoles ! Pensons au smartphone, qui isole, à Internet qui happe enfants et adultes, avec les dérives pornographiques dès l’âge de raison. Et en 3 ans, l’usage de la drogue a doublé dans les lycées. Le combat est d’abord spirituel, mais encore faut-il bien le cerner et avoir les moyens de ce combat.
Un livre d’un américain vient de paraître : ‘Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus. Le pari bénédictin’. Pourquoi bénédictin : pour retrouver, en vivant dans le monde, la sagesse et la simplicité de la règle de St Benoît. En réorientant nos vies sur l’essentiel. Resserrer nos liens familiaux, permettre aux enfants de découvrir la si belle histoire de l’Eglise. Resserrer nos liens avec les autres paroissiens, aider les écoles catholiques à l’être vraiment. Ne jamais fuir la société, mais y devenir un signe de contradiction. Bref, se réorienter sur l’essentiel. Alors que notre communauté paroissiale de Sèvres va être mise à l’épreuve, n’y a-t-il pas un appel précis, pour chacun de nous ?

Père Hervé Rabel

30ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - ND des B./St Romain - 29 octobre 2017

1) « Tu aimeras ton Dieu » : oui, mais quel Dieu ?

Quelqu’un d’inaccessible, d’insensible, de tout-puissant ? Mais il n’a pas besoin qu’on l’aime ! D’où la réaction : Notre-Père qui êtes aux cieux, restez-y ! Ou alors, c’est un Dieu auquel on se soumet en tremblant. Pourtant lorsqu’il s’agit d’aimer, cela veut dire que l’autre est vulnérable, puisqu’on peut ne pas l’aimer. Si on ne l’aime pas, il va être blessé par ce refus. « Tu aimeras ton Dieu » : cela veut dire que notre Dieu désire notre amour, quémande une réponse. « Pierre, m’aimes-tu ? » : ce sont les derniers mots du Christ après la résurrection.

Alors quel Dieu ? Un Dieu qui ne peut rien sans nous, qui n’est Dieu que si nous accueillons son amour, puisqu’Il n’est que don de lui-même. Pardonnez le mauvais jeu de mot : on parlait de ‘Dieu des armées’ (deus sabaoth) : en fait, notre Dieu est désarmé, sans défense. Ne faut-il pas alors aider Dieu à être Dieu ? Une mystique juive, morte en camp de concentration, Etty Hillesum, a eu ces mots inouïs : ‘Ce n’est pas toi, mon Dieu, qui peut nous aider, c’est nous qui pouvons t’aider’. Il faut protéger Dieu contre nous-mêmes, contre nos égoïsmes, nos indifférences, nos fausses conceptions et ainsi, en l’aimant, faire sa joie.

2) « Tu aimeras ton prochain » : oui, mais quel prochain ?

Bien sûr, l’autre, le plus proche, celui qui nous est confié. Mais rappelons-nous, à la question du scribe : ‘Qui est mon prochain’, Jésus répond : ‘C’est à toi de devenir le prochain de l’autre. C’est à toi de l’aimer, de prendre l’initiative’. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Pour devenir prochain, pour aimer, il convient d’abord de s’aimer soi- même. Beaucoup passent leur vie à se fuir, alors on s’étourdit, on se divertit comme on peut.

Pour aimer son prochain, d’abord réaliser qu’on est précieux, unique, appelé, à l’image de Dieu, à devenir source. A être une personne car l’homme n’est une personne que s’il accepte de se donner. Moi qui suis fragile, j’ai à me faire proche d’un autre aussi fragile que moi. Bref, d’un rapport de force, de violence, de suspicion, accepter un rapport d’entre-aide mutuel.

3) Et pourquoi aimer son prochain est-il « second » ?

Rappelons-nous Dostoïevski : ‘Si Dieu n’existe pas, tout est permis !’. Si l’on éprouve la vulnérabilité, la fragilité de Dieu, alors, oui, on peut éprouver sa propre fragilité, et celle de son prochain. Réaliser son désir d’être aimé, reconnu, respecté. Si Dieu est évacué, l’homme risque d’être menacé, à brève échéance : on l’a bien vu avec les 2 totalitarismes athées du XXème siècle. Et aujourd’hui, n’est-ce pas l’explosion des limites, où l’homme se croit tout permis, Dieu étant évacué ? D’où ce transhumanisme, qui nous menace, à brève échéance…

De l’image qu’on se fait de Dieu dépend celle qui éclaire nos relations avec les hommes. C’est bien pourquoi il faut d’abord aimer Dieu, répondre à sa vulnérabilité, pour accueillir l’autre dans sa propre vulnérabilité. Alors que compétition, jalousie, désir de dominer nous envahissent, n’y a-t-il pas un appel qui nous est lancé, à nous chrétiens ? « Jésus nous délivre de la colère qui vient » dit St Paul : quelle colère ? Certainement pas celle de Dieu, lui qui est sans défense, mais celle de l’homme, celle de la démesure. De la part de Dieu, il y a un cri : « M’aimes-tu ? ».
Père Hervé Rabel

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