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      Homélies de septembre 2017

Homélies de septembre 2017

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  • 2 septembre 2017

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homélies de septembre 2017

22ème dimanche temps ordinaire ’A’ - Saint-Romain -
3 septembre 2017

1) Une question : "Si quelqu’un veut marcher à ma suite"
- Pierre vient de professer sa foi : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" (dimanche dernier). Tournant dans l’évangile, 1re annonce de la Passion. On passe d’un Christ qui réussit au Serviteur souffrant. Et ça s’adresse à Pierre, donc à l’Eglise, donc à chacun de nous...
- Rentrée, reprise des activités, avec 2 nouveaux prêtres. La question nous est posée : est-ce qu’on accepte de marcher à la suite du Christ ? Pas adhérer à des ’valeurs’, des idées, encore moins à une idéologie : Mais à une personne, quelqu’un ! Notre société, notre culture traverse une crise spirituelle gravissime, l’anthropologie chrétienne se déconstruit.

2) Une affirmation : "qu’il renonce à lui-même"
- et "qu’il prenne sa croix". Etonnant, voire révoltant, avec ce côté doloriste. Comment peut-on ! Alors qu’aujourd’hui, on veut son bien-être, son confort. C’est complètement ’à côté de la plaque’. Mais c’est justement peut être cela : marcher à la suite du Christ... Seulement, attention : il y a ’vie’ et ’vie’. Invitation à quitter une vie en superficie (le ’divertissement’ dirait Pascal), pour descendre profond, et rejoindre le Christ, la Vie véritable.
- La définition de l’homme selon Vatican II : l’homme n’est grand (pleinement homme) que dans le don total de lui-même. Appel à aller à l’essentiel, à se donner comme le Christ, à ressembler au Christ. En cette rentrée, choix à faire. La pire des choses, c’est (Péguy) une ’âme habituée’. Accepter d’être bousculé par le Christ. Ne faut-il pas, dans notre société, en arriver à devenir des dissidents, avec les choix que cela implique, et va impliquer ?

3) Une autre affirmation : "et qu’il me suive"

- Le dernier mot de l’évangile, à Pierre : "Toi, suis-moi !". Où ? "Tu verras bien !". La vie chrétienne : une aventure. Déjà avec Abraham : "Va vers un pays que je te montrerai". Epreuve de la foi : "Il partit, ne sachant où il allait" (He 11,8).
- pape François (Joie de l’Evangile) : "intimité itinérante’ avec le Christ. Mais qui implique de "sortir de son propre confort". Ne pas être des "chrétiens de pâtisserie", fuir "la mondanité". Un livre d’un auteur américain sur l’Eglise va paraître : "L’Eglise ne doit pas être l’Eglise le dimanche seulement. Si elle l’est, elle ne survivra pas aux combats à venir". Devenir disciple (marcher à la suite) ne suffit pas : il faut être disciple/missionnaire. Les défis nous pressent, l’homme est plus que jamais menacé, dans son humanité même. C’est la rentrée ; pourtant nous sommes invités vigoureusement par le pape à "sortir » ! De nos ronronnements, de nos peurs, de nos paresses. Après tout, pourquoi pas relire en ce temps de reprise, La Joie de l’Evangile ?

Père Hervé Rabel

23ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - NDB – St Romain -
10 septembre 2017

1) Mot-clé de l’évangile : responsabilité. Vis-à-vis des frères.
C’est la 2ème mention de l’Eglise, après « Sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » (Mt 16, 18). Et pour le mot frère, rappelons-nous (Mt 19,29) : « Tout homme qui aura quitté […] des frères […] recevra beaucoup plus » : les frères, ce sont les autres chrétiens. Responsabilité d’aller trouver son frère : encore faut-il s’y intéresser, le considérer comme ‘frère’… Démarche onéreuse, mais ne disons-nous pas : « comme nous pardonnons aussi à ceux… » ?
C’est donc un appel fort à nous entraider à grandir dans le Christ. ‘Un chrétien isolé est un chrétien en danger’. C’est vraiment, en ce dimanche, la rentrée paroissiale ; elle sera bousculée par les travaux de St Romain. Quelle réaction allons-nous avoir : réflexe individualiste ou importance des frères de cette paroisse ? Aujourd’hui, les droits individuels se sont tellement multipliés, au détriment des corps intermédiaires, en 1er lieu la famille. Mais aussi la paroisse : serons-nous consommateurs, ou bien attentifs aux ‘frères’ que le Seigneur nous donne ?

2) Responsabilité vis-à-vis du monde.

Le Seigneur parle de ‘lier’ et ‘délier’. « Tout ce que tu auras lié sur la terre… » avait - il promis à Pierre, à l’Eglise. Dans le judaïsme, lier et délier, c’est exclure ou réintroduire dans la communauté ; plus largement, il s’agit du pardon des péchés et, pour nous, catholique, la confession, qui n’est pas un sacrement obsolète ! Rappelons-nous ce que disait Elisabeth Leseur : ‘Une âme qui s’élève élève le monde’. Se confesser, c’est aider le monde à grandir en sainteté !
Donc, plus largement, nous sommes responsables de ce monde. En abandonnant l’humanisme chrétien, notre société retourne au paganisme. Récemment Jean-Luc Marion évoquait un ‘moment catholique’ et rappelait que « Les chrétiens sont les spécialistes du bien commun ». Devant le relativisme que professe notre société, où tout se vaut, où c’est ‘chacun pour soi’, nous sommes responsables de ce bien commun. « Je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël » dit le Seigneur à Ezékiel…

3) Enfin, responsabilité vis-à-vis du Seigneur lui-même.
« En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » dit Jésus (Jn 15,5), à juste titre. Mais sans nous, que peut faire le Seigneur ? Ne nous dit-il pas : « Vous accomplirez des œuvres plus grandes que les miennes » (Jn 14,12). Parce que vous aurez à manifester mon visage, ma présence. « Quand 2 ou 3 sont réunis, je suis là, au milieu d’eux » : nous sommes responsables de la présence du Seigneur dans ce monde.
L’Eglise n’existe pas pour elle-même, elle est pour le monde, pour être visage du Christ aujourd’hui. Nous sommes responsables de Dieu. Cette mystique juive, Etty Hillesum, morte en camp de concentration, écrivait : « Je vais t’aider mon Dieu à ne pas t’éteindre en moi […]. Ce n’est pas toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons t’aider ». Nous avons à manifester l’honneur de Dieu, c’est-à-dire la dignité de l’homme créé et racheté. Pour cela, et nous sommes là au cœur du problème de cette société de la démesure, où toutes les limites explosent, demandons, en cette rentrée, l’humilité, vis-à-vis de nos frères, de ce monde qui nous est confié et du Seigneur lui-même.
Père Hervé Rabel

24ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - St Romain - 17 septembre 2017

1) Le Seigneur ne nous demande pas d’aimer, mais de pardonner…
‘Aimer’ : c’est tellement vague ! Pardonner, c’est ‘faire don’ : de quoi ? De son ressentiment vis-à-vis de quelqu’un. Finalement, pardonner, c’est plus que donner. C’est tout donner. ‘Aimer, c’est tout donner, et se donner soi-même’ disait Ste Thérèse. Il y a dans ce verbe ‘pardonner’, cette idée de ‘faire grâce’, de faire quelque chose de nouveau. « Voici que je fais toutes choses nouvelles » dit le Christ dans l’Apocalypse (21,5).
Refusant de gracier son ami d’enfance Montmorency, le roi Louis XIII avait affirmé : ‘Je ne serais pas roi, si j’avais les sentiments des particuliers’. Ne peut-on pas dire alors : je ne serais pas disciple du Christ, si j’avais des réactions tout simplement humaines, logiques ? Notre société si violente a besoin de cette véritable nouveauté, qui est de planter la nouveauté du pardon au cœur de cette violence.

2) En fait, c’est un appel à devenir visage de Dieu
Avec cette expression « saisi de compassion », que l’on retrouve tout au long de l’Ecriture, et qui est la caractéristique même de notre Dieu. ‘Saisi aux entrailles’, comme le père de l’enfant prodigue. « Mon cœur se retourne contre moi » s’exclamait le Seigneur dans le Livre d’Osée (11,8) et dans Isaïe « Si une mère pouvait oublier son enfant, moi, je ne t’oublierai pas ! » (49,15).
On voit bien le contraste entre ce maître « saisi de compassion » et la réaction du serviteur mauvais. Cet homme aurait du être lui aussi « saisi de compassion ». Il y a donc un appel très net à imiter Jésus, à devenir, en ce monde qui est dur, une facette du visage du Seigneur. C’est ce que demande St Paul dans les Philippiens : « Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus » (2,5). ‘Le chrétien est un autre Christ’, dit-on : nous avons la lourde responsabilité de devenir ce visage aimant de Dieu qui veut faire à tous miséricorde.

3) Et c’est dans l’eucharistie que nous puisons cette capacité de refléter ce visage
Parce que cette compassion de Dieu, cet amour fou du Père, culmine dans le sacrifice de la Croix, librement accepté par le Christ. La messe – la messe dominicale – n’est pas un repas sympathique, mais le sacrifice de la croix rendu présent, ou plutôt, qui nous permet d’être présents à ce qui s’est passé il y a 2000 ans au calvaire. Nous devenons contemporains de cet évènement unique, exactement comme la Vierge, Notre-Dame des Douleurs que nous venons de célébrer, l’était, avec St Jean.
A chaque messe, Dieu se donne en pardonnant et nous appelle à entrer dans cette dynamique du don total. Après la consécration et avant de communier, ne disons-nous pas : ‘Pardonne-nous, comme nous pardonnons’. Prenons au sérieux les grâces de l’eucharistie, accueillons-les, afin d’entrer dans cette dynamique de gratuité. Oui, notre société est violente, surtout envers les plus faibles : alors, avec la force de Dieu, devenons des artisans de paix. A chaque messe, nous avons cette certitude d’être aimés à la folie : l’enjeu pour aujourd’hui est énorme. Le Seigneur nous demande de vivre en frères et en fils, et d’être les témoins étonnés de cette nouveauté.

Père Hervé Rabel

25ème dimanche du temps ordinaire ‘A’ - Saint-Romain – 24 septembre 2017

1) Trois énigmes dans cet évangile : pourquoi ce maître passe-t-il son temps à sortir ?
Dès le matin, on pense qu’il a embauché assez d’ouvrier. Qu’il en ait encore besoin de quelques-uns, oui, mais sortir à 5 heures, 1 heure avant la fin du travail. Ce n’est pas très sérieux … Ce n’est pas un patron très compétent. Cependant, ce dont il est attentif, ce sont ces ouvriers qui sont « sans rien faire ». C’est ce que reprochera d’ailleurs St Paul aux habitants de Salonique : « Affairés sans rien faire » (2 Th 3,11).
Bien sûr, il s’agit du Christ, qui ‘sort’ de la Ste Trinité, par son incarnation, pour venir dans le monde. Pour certains ? Non ! Pour tous. D’abord pour les juifs, ceux du matin, mais aussi pour les pêcheurs et les païens, tous les autres embauchés au cours de la journée. Et chacun est appelé à prendre sa place pour que le Royaume advienne. Nous ne sommes plus serviteurs, mais amis, bien plus : « Nous sommes les collaborateurs de Dieu », dira St Paul (1 Co 3,9). Alors voyez tous les appels de la feuille paroissiale et, plus largement, les appels à travailler dans notre société si blessée.

2) Pourquoi ce maître donne-t-il autant aux derniers qu’aux premiers ?
A vue humaine, la réaction des premiers est normale, même si ce patron ne lèse pas la justice, puisqu’il s’était mis d’accord avec eux sur le salaire. Mais si, justement, ce denier, c’est le cadeau de la vie divine que vient nous apporter le Christ en ‘sortant’ : que peut-il nous donner en plus ? On ne peut pas recevoir davantage puisque Dieu, en nous donnant le Christ, nous donne tout !
Notre Dieu ne donne pas, il se donne : on retrouve ce roi de dimanche dernier, qui remet toute sa dette au serviteur. Là encore, la générosité de Dieu appelle notre propre générosité. C’est un appel à ne pas jalouser, mais à nous réjouir des charismes des autres. Un appel à réaliser qu’à chacun de nous, Dieu veut tout donner, que chacun est unique et précieux à ses yeux, puisqu’invité à partager sa vie. Au moment où l’on veut passer par pertes et profits, les plus faibles, que ce soit au commencement ou à la fin de la vie, au moment où la démesure du transhumanisme nous menace, n’y a-t-il pas là un combat à mener ? On peut citer la ‘PMA pour tous’, en plein actualité, le débat sur l’euthanasie qui vient d’être relancé… « Demeurer en ce monde est encore plus nécessaire », nous dit St Paul… pour le combat pour la dignité de l’homme !

3) Enfin, pourquoi ce maître éprouve-t-il le besoin de dire qu’il est bon ?
Dans un contrat, la morale n’intervient pas : un patron n’a pas à être bon, mais à être juste, ce que ce maître est, en l’occurrence. Alors, pourquoi éprouve-t-il le besoin de souligner : « Parce que moi, je suis bon » ? Mais vous avez peut-être remarqué : on passe insensiblement d’un contrat (la loi – donnant/donnant) à « ce qui est juste », sans autre précision (mais c’est bien s’ajuster à Dieu) et enfin, vers 5 heures : « Allez à ma vigne », tout simplement. La gratuité remplace le contrat. « Vos chemins ne sont pas mes chemins » rappelle le Seigneur dans Isaïe.
Bien sûr, il y a un appel à aller à cette vigne : l’Eglise, le monde. Mais aussi une action de grâce pour ce don gratuit de Dieu, sans aucun mérite de notre part. Dieu qui répond à la plainte des derniers : « Personne ne nous a embauchés ». Emerveillons-nous devant cette bonté de Dieu. Ne parlait-on pas du ‘Bon Dieu’, une expression qui semble désuète, mais qui reste juste. Notre Dieu n’est pas un dieu sadique, vengeur, mais un Dieu qui « veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité », comme le souligne St Paul (1 Tm 2,4). Dans un moment où des hommes font de Dieu une terrible caricature et tuent en son nom, n’y a-t-il pas une Bonne Nouvelle à annoncer : raison de plus de répondre à sa sollicitation et d’ « aller à sa vigne ».

Père Hervé Rabel

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