Paroisse de Sèvres, église saint-Romain, église Notre-Dame des Bruyères
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        La transmission de la foi par l’art. Synthèse d’année

La transmission de la foi par l’art. Synthèse d’année

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  • 12 juillet 2013
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Equipes de partage des paroisses de Sèvres.
Sujet : La transmission de la foi par l’art, synthèse d’année.
Rédacteur : Alain Lagrange


Depuis quelques années, les paroisses de Saint Romain et de Notre Dame des Bruyères proposent une ré-flexion sur un des sujets d’actualité qui peuvent susciter des échanges et un approfondissement à ceux qui le souhaitent. Ainsi avons-nous, à l’aide des textes pontificaux et épiscopaux abordé successivement : la bioéthique, le développement durable et en 2011-2012 la doctrine sociale de l’Eglise.
Cette année, 2012-2013, pour honorer « l’année de la Foi » proposée par le pape Benoît XVI, nos deux parois-ses ont choisi de développer la notion de transmission de la foi par l’art en étudiant à partir d’une oeuvre de référence musicale, littéraire, picturale, sculpture comment, dans certains cas, elle peut témoigner du « Christ dans ce monde sécularisé ».
Pour mener à bien cette réflexion collégiale, nous nous sommes entourés d’artistes ou de médiateurs cultu-rels en tentant de privilégier à chaque réunion mensuelle un temps de contemplation, un échange, le témoignage d’un artiste :
- l’architecture avec le Père Bernard Klasen, curé de Ville d’Avray le 10 octobre 2012
- La littérature avec Marie-Hélène Babusiaux, professeur de lettres le 20 novembre 2012
- Le travail de la matière avec Denis Bernat, chargé de mission au Musée de Sèvres le 15 décembre 2012
- La sculpture avec Fleur Nabert, jeune artiste, écrivain et sculpteur reconnu, le 15 janvier 2013
- La musique avec le pasteur Alain Joly, auteur de « prions 15 jours avec Jean Sébastien Bach », le 12 février 2013
- La bande dessinée avec le dessinateur Brunor, le 2 avril 2013
- Le théâtre avec le Père Sevenet, le 11 juin 2013
Nous tenons ici à les remercier vivement et chaleureusement de leur concours qui nous aura permis, grâce à l’explicitation du sens de certaines de leurs oeuvres, à des témoignages intimes, voire à des éléments de leurs parcours personnels de comprendre comment on peut traduire ou s’inspirer de la foi dans la réalisation d’une oeuvre artistique.
Dans ce rapport étroit entre foi et art nos réunions se sont intéressées à trois problématiques :
- Quel sens donné à l’émotion ressentie devant une oeuvre : c’est l’approche du contemplateur
- Quelles sont les dispositions de l’artiste pour créer : c’est l’approche du créateur
- L’art et la beauté peuvent-ils nous conduire à Dieu

L’émotion artistique véhiculée par l’artiste
Dans un grand nombre d’oeuvres musicales, sculptures ou poésie, nous avons cherché à identifier les émotions esthétiques, les questions que ce genre artistique posait et sa faculté à nous faire appréhender le sacré et l’intemporel. Dans Booz endormi, le poème de Victor Hugo, nous ressentons des impressions de sérénité et de plénitude dans les descriptions bucoliques, mais partageons des moments plus sombres avec des thématiques chères à l’ancien testament telle celle de l’obsession de la transmission de la vie.
L’oeuvre artistique a une relation ambivalente avec son auteur. Il n’est pas toujours le reflet de l’état d’esprit de l’artiste au moment de la création mais s’appuie souvent sur son histoire personnelle. L’exemple de Jean-Sébastien Bach est révélateur. Jean-Sébastien Bach nous apparaît comme très religieux, sa foi est imprégnée de piétisme. Si sa musique est perçue comme sereine, l’homme n’a pas été à l’abri d’épreuves lourdes avec les décès de sa première femme et de plusieurs de ses enfants. Même aux travers de ces deuils et de ces désillusions professionnelles, il aspire à la mort avec confiance car il croit en la résurrection même s’il craint une transition douloureuse.
Les participants concluent que si l’émotion ressentie est une première manifestation de la beauté, la contemplation de certaines oeuvres permettent de dépasser notre condition mortelle en faisant voir un coin de l’uni-vers céleste qui nous attend.
Quelles sont les dispositions de l’artiste pour créer ?
Pour puiser de l’inspiration certains artistes nous ont confié trouver l’apaisement et les réponses à leurs inter-rogations personnelles ou spirituelles dans la lecture assidue de l’Ecriture Sainte et des théologiens ou dans l’écoute des oeuvres de musique sacrée comme celles de Jean-Sébastien Bach. Ce dernier compositeur composait au « kilomètre » pourrions-nous dire en passant aisément de la musique profane pour les cours princières à des compositions d’inspiration religieuse. On pourrait penser qu’une telle disposition pourrait affadir l’inspiration créatrice, il n’en était rien car de nombreux chef d’oeuvres ont vu le jour dans ce travail « à la chaîne » en quelque sorte.
Nos réunions ont permis de rappeler l’existence du lien entre les deux notions « esthétique et sens » lorsqu’on s’attelle à l’élaboration d’une oeuvre. Ce sont les deux « jambes » créatrices.
Ainsi pour l’artiste manuel le geste et la main s’inscrivent systématiquement dans un schéma d’ensemble visant à mettre en évidence d’un côté la lumière divine et de l’autre l’ouverture vers le prochain. Il n’y a pas de hasard ou de beauté du geste déconnectée d’une signification spirituelle.
L’art peut nous amener à la foi par l’intelligence sans passer par la « case » émotion. En ce sens l’expérience de la Bande Dessinée (BD) est éclairante. Cette forme artistique que l’on associe à une expérience ludique peut être à contrario le véhicule vers la foi.

L’art et la beauté peuvent-ils nous conduire à Dieu ?
La BD peut privilégier une démarche d’enquêtes pour permettre de réfléchir à la fameuse question de l’existence de Dieu grâce à des indices… vérifiables. Comme dans la méthodologie élaborée dans certains romans policiers, on accumule pour le lecteur des indices visant à fournir un faisceau de présomptions sur l’existence de Dieu sans pour autant que chacun des indices ne constitue une preuve en soi. C’est sous forme d’enquêtes saupoudrées d’humour que Brunor nous amène à réfléchir sur des thématiques de philosophie des sciences, en montrant pourquoi il n’y a effectivement « aucune incompatibilité entre création et évolution » comme le disait en 2008 Benoît XVI. Car le fait qu’on observe une évolution ne signifie pas pour autant qu’elle se fait « toute seule ». Le fait de ne pas identifier d’intelligence à l’oeuvre ne sous-entend pas qu’il n’y a aucune intelligence.
La Bible semble se méfier de la beauté et de sa force de séduction qui mène trop souvent à l’idolâtrie. Mais outre les psaumes qui chantent la gloire de Dieu par ses oeuvres, deux textes majeurs ouvrent un juste rapport au beau : Sagesse 13,1-9 & Exode 33, 12-23.
La tradition chrétienne a fait un grand usage des oeuvres d’art. Elle est d’abord participation à l’oeuvre créatrice de Dieu (l’artiste poursuit la Création), puis elle est louange (on offre à Dieu ce qu’on fait de mieux, parce qu’il est Dieu), et enfin elle peut être didactique (une sorte de catéchisme en images et en formes). Mais surtout elle est un moyen de s’élever, en ce sens qu’elle nous arrache à nous-mêmes, elle éveille en nous le sens de ce qui est plus haut que nous et qui cependant vient sourdre en nous.
L’expérience du beau ne peut être comprise et vécue que comme une « reconnaissance ». On reconnaît ce qu’on a déjà connu et fréquenté ; la beauté nous dit quelque chose de notre être le plus authentique. En ce sens la beauté a pour analogue l’amour humain. Dans l’un et l’autre, je m’éprouve comme dépassé et cependant jamais autant moi-même qu’en cette expérience.
Les mots de la Foi : cette rubrique vous donnera dans les mois qui viennent quelques éléments de réflexion sur les mots que nous utilisons pendant la messe.
Sortie de la messe : l’envoi en mission.
Dieu nous envoie en mission. Nous ? Mission impossible, elle sera ratée d’avance. Mais l’Ange Gabriel avait affirmé « rien n’est impossible à Dieu » alors nous pouvons reprendre courage.
Après que Jésus nous a donné des vivres pour notre mission, nous pourrons le suivre. Notre but ? Revenir à lui dont nous nous étions séparés, l’approcher et aller vers lui avec tous les hommes qui nous seront proches. Puisqu’il nous a créés tous libres, nous pourrons n’aller vers lui que si (et dès que) chacun de nous le désira et ira sans contrainte vers lui, même si notre contrition est imparfaite : je pense au Fils Prodigue qui, crevant de faim, se rappela qu’il y avait à manger chez son père et est revenu à lui, mais d’abord pour ça.
Nous pensons aussi que Dieu voit les malheureux (« j’ai vu la misère de mon peuple ») tout comme ceux qui peuvent se sentir bloqués, exclus de leurs semblables, rejetés de leur société. Qui en a souci ? Dieu nous en-voie vers eux : quelle mission ! « J’étais prisonnier et vous m’avez visité ».
L’envoi à la fin de la messe n’est pas une sorte de renvoi pour quelques jours où « vous pouvez partir tranquillement jusqu’à la semaine prochaine, vous avez fait, et ma foi bien, ce que vous deviez ». Par cet envoi, nous sommes invités chacun à suivre Jésus encore après la messe dans nos actions quotidiennes, soutenus par sa force. Nous ne devons pas avoir peur (facile à dire ?), nous pouvons rester dans la paix, sa paix, même quand les hommes qui sont sur notre chemin nous attaquent et peuvent nous faire peur. Jésus, que nous sommes venus rencontrer, vient en personne à nous : il s’est complètement donné, jusqu’à son corps et à sa dernière goutte de sang, Jésus qui ne se dissimule ni ne se défausse. N’a-t-il pas déclaré : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime » ? L’aurait-il donnée ? Et de quelle manière ? Il est déjà passé par là où il nous demande de le suivre. Or il est ressuscité et il nous a promis de nous ressusciter nous aussi avec lui.
L’envoi en mission est bien l’invitation de cet homme, Jésus, Dieu né de Dieu, qui nous demande de le suivre après la messe, qui nous donne les forces nécessaires en passant volontairement par un de ses ministres pour nous nourrir de son corps. Cette messe devient notre tremplin, la fin de la messe n’est pas la ligne d’arrivée mais celle de notre départ en mission.
Dans la course, c’est lui le premier coureur et il nous appelle à suivre ses enjambées. La vocation, c’est entendre sa voix qui nous appelle puis donner suite à son appel qui est toujours personnel vers chacun d’entre nous. Nous ne sommes jamais un numéro pour lui, et Jésus prend complètement en compte notre situation actuelle. Ne cherchons pas d’appel à « je ne sais quoi » d’impossible ou de fantastique. Le suivre, c’est quoi ? C’est d’abord de commencer par s’arrêter dans le tourbillon où nous sommes, dans les distractions au sens propre, c’est à dire tirés (tractions), tiraillés en tous sens (dis) loin de la vraie vie. Il faut certainement des dis-tractions, mais est-il bon d’aller trop dans le virtuel ? Quand cela devient-il sortir de la réalité, de la vraie vie ? Certaines « distractions » de l’été sont parfois de se laisser tirer par le Menteur, vers des pensées, vers des paroles, vers des actes, vers le mal, le contraire de Dieu. Et l’omission ? N’omettons-nous pas « de temps à autre » de faire des choses bonnes mais a priori fatigantes, a priori ennuyeuses, qui auraient pris la place de ce que nous avons envie de faire ?
Soyons avisés, ne faisons pas ce qui nous semble mauvais, mais ne nous défaussons pas en ne faisant rien là où des actions qui sont bonnes nous sont possibles. Il nous faut parfois demander la clairvoyance à Dieu, à y voir clair (clair-voyance) pour accomplir la mission que nous recevons à la fin de la messe. Mais nous pouvons aussi nous montrer non pas aveugles mais sourds : n’y a-t-il pas « pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ? »
Les vacances, l’été où nous pouvons réfléchir (si nous sortons du tourbillon qui nous emporte âme et corps) sont une opportunité pour nous retourner vers Dieu. N’aurions-nous ni besoin, ni souci de nous retrouver, de chercher ce que nous sommes et non ce que nous paraissons. Le tourbillon de l’ivresse du mal ou la paix dans « le contempler Dieu » et « l’agir avec lui » ? Trouver Dieu ne nous conduit-il pas à voir ce que nous sommes ? Les humains sont des créatures que Dieu a faites à sa ressemblance : libres et capables d’aimer.
Qui sait s’il ne nous mènera pas vers ce que nous pensions impossible ou fantastique, vers une belle mission que nous n’aurions pas imaginée mais qu’il préparait pour nous ?
Cette recherche de nous-mêmes est immémoriale, antique, nous la trouvons déjà chez les grecs quand l’écriture a commencé et que nous avons des traces de leurs préoccupations. Des archéologues l’ont trouvée à Delphes notamment, sculptée voici 3000 ans par nos pères sur la pierre : « connais-toi toi-même »
Le prêtre est l’intermédiaire qui nous envoie en mission avec le viatique, le pain consacré qui est devenu le corps du Christ, la force de Dieu : oh, Dieu, donne-moi de te suivre sans peur et dans la paix en poursuivant la mission où tu m’en-voies.

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