Aimer notre Église

Aimer notre Église

Il y a quelques jours, une paroissienne de Sèvres m’écrivait : “la fragilité de notre Église la rend encore plus belle. Nous l’aimons et avons peut-être encore plus envie de la faire vivre de notre Espérance“. Oui, aimer notre Église, dans sa fragilité même. Car c’est vrai qu’en ce moment, tout se bouscule et s’accumule, avec la sortie du film ‘Grâce à Dieu’ — qui va être programmé au Sel prochainement — et du livre-charge sur le Vatican Sodoma, mais également, depuis le 8 février, le commencement des travaux de la ‘CIASE’ (Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église), présidée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État. Et maintenant, la condamnation du cardinal Barbarin.

Il y a quelques semaines, le pape évoquait le risque d’une “lassitude de l’espérance“, qui pourrait conduire à désespérer de la capacité de l’Église à se réformer et il montrait qu’une autre voie est possible, et souhaitable, celle de la fidélité et de la participation active à la purification de l’Église dont chacun, laïc et prêtre, doit se sentir membre.

Une enquête a été menée récemment sur ces scandales qui secouent l’institution. Un homme témoignait : “La gravité de ces actes me remue de l’intérieur mais elle ne remet pas en cause ma foi en Jésus, qui est un choix de chaque jour” ; et une femme ajoutait : “j’aime l’Église, je voudrais qu’elle soit parfaite mais je sais qu’elle est constituée de pécheurs“.

L’Église doit toujours se réformer, se purifier. C’est pourquoi — même s’il a paru décevant à certains — le sommet qui s’est achevé à Rome le 24 février est un pas supplémentaire, et nécessaire, sur cette voie. Un journaliste, à ce sujet, faisait remarquer que “plus que de nouvelles lois, c’est bien un autre visage de l’Église qui devrait être ainsi mis à l’œuvre : une Église plus collégiale, où Rome saura mieux travailler avec les évêques, et ceux-ci avec les laïcs“.

L’historienne Anne Philibert, qui vient de faire paraître un ouvrage Des prêtres et des scandales. Dans l’Église de France du concile de Trente aux lendemains du concile Vatican II (Éd. du Cerf), interrogée sur ces faits récents, répond : “D’une part, la crise actuelle n’est pas une catastrophe mais un moment de vérité qui oblige à faire le ménage, d’autre part, bon nombre de paroissiens continuent de prier, de célébrer, de servir les petits et les faibles“. L’Église a, je pense, bien pris la mesure de ces drames ; n’est-elle pas d’ailleurs la seule institution, à ce jour, à avoir entrepris un courageux travail de clairvoyance et de purification ?

Le Saint-Père évoquait, lors du sommet romain, “la main du mal“, c’est-à-dire du Diviseur : c’est lui qui pourrait nous pousser à cette “lassitude de l’Espérance“. Une crise est toujours l’occasion d’un possible sursaut : si les chrétiens ne luttent pas contre le mal et contre le mensonge qui sont en eux, la division et la mort auront le dernier mot.

Le dominicain Timothy Radcliffe commentait ainsi ces évènements : “Aussi douloureux que soit ce moment, nous pouvons le vivre avec foi dans le Seigneur qui n’abandonne jamais son Église, et nous ne devons pas l’abandonner“. Appel à prier, célébrer et servir, avec une ardeur renouvelée…

Il est vrai que

Ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile

2 Co 4,7

mais c’est un trésor qui nous est confié et, pour le porter au monde, nous sommes appelés au courage de la vérité. “On demande des saints”, comme le rappelait, il y a déjà fort longtemps, le P. Bernard Bro… N’est-ce pas d’une urgente réalité ?

Père Hervé Rabel