Des vies

Des vies

Anne et Syméon accueillirent à Jérusalem l’enfant Jésus au quarantième jour de sa vie (Luc 2,22-40). Ces deux personnages, que l’Évangile ne mentionne que lors de cet événement pour souligner combien leur vie s’accomplit lors de leur rencontre avec le Messie, ne sont pas les seuls à avoir comme référence première ou ultime le Christ. C’est pourquoi, lors de la fête liturgique de la Présentation au Temple, le 2 février, l’Église met en avant la « Vie consacrée ». Consacrer sa vie, c’est accepter des renoncements en choisissant d’épouser le Christ et de vivre l’Évangile.

Geneviève de Nanterre avait, encore enfant, choisi elle aussi de se consacrer au Christ. Nous l’avons fêtée ce vendredi 3 janvier, alors que nous vivons l’année jubilaire des 1600 ans de sa naissance. Donnée à Dieu seul, et malgré tout héritière des charges de son père, Geneviève a exercé des hautes fonctions au service de la cité, en vivant les Béatitudes. Elle fut contestée, vivait à une époque troublée par la menace de l’invasion des Huns ou par les querelles entre clans gaulois.

Geneviève éclairait : souvenons-nous du cierge porté par sa représentation, lors de la « Visitation diocésaine » il y a quelques années. Si aujourd’hui son visage brille dans les cieux, elle a éclairé ses contemporains du cinquième siècle en matière d’administration de la justice et des choses publiques en général. Le peuple parisien lui a voué une grande reconnaissance. Elle avait elle-même honoré saint Denis en faisant édifier une basilique pour abriter sa sépulture. Elle a été honoré par l’édification des églises successives qui lui furent dédiées, à Nanterre comme à Paris (sur la montagne Sainte-Geneviève à Paris, le Panthéon est l’église Sainte-Geneviève commandée par Louis XV).

Sa consécration, qui suppose aussi un renoncement à avoir une descendance, a été fructueuse. Sa vie nous est connue et nous est précieuse, elle est la sainte patronne de notre diocèse. Nous pouvons prendre exemple sur elle, nous devons également solliciter son intercession, sa prière pour nous qui sommes comme elle aux prises avec les difficultés de la vie présente.

Une œuvre cinématographique récente pose la question de la valeur du renoncement à une vie. Une simple vie cachée, il y a trois quarts de siècles, dans les montagnes autrichiennes. À quoi bon être héroïque quand il y a mieux à faire ? L’objection de conscience de Franz Jägerstätter l’a conduit à la condamnation à mort ; il aurait pu y échapper très simplement en accommodant un peu sa conscience. Mais, porté par sa foi et l’amour de son épouse, il est resté ferme dans sa volonté de refuser de prêter allégeance à Hitler et de servir les armées nazies. Sa vie et son sacrifice auraient pu rester inconnus. Béatifié il y a douze ans et aujourd’hui incarné au cinéma, sa réflexion et son engagement nous rejoignent. Une vie cachée

Gageons qu’aucun acte juste, aujourd’hui comme hier, ne restera sans fruit. Belle Année 2020 !

P. Pascal