Le retour du paganisme, par le Père Rabel

 

Dans son dernier ouvrage,  “La fin de la chrétienté” (2021), Chantal Delsol insiste sur le changement radical de paradigme qui caractérise notre époque : « Notre temps est un retour du paganisme », ce dernier se caractérisant par l’infanticide, l’eugénisme, l’avortement, le divorce, le suicide.

L’homme post-moderne occidental est détaché de toute transcendance et n’a donc plus aucune raison de contraindre sa liberté individuelle et son désir, par des lois morales exigeantes. L’ “éthique” contemporaine est donc entièrement tournée vers le bien-être de l’individu ; ainsi, accorde-t-on pour chaque personne le droit de tout faire à la mesure de son désir, les seules limites étant celles imposées par les impossibilités techniques. D’où toutes ces réformes dites “sociétales”, où les seuls arguments qui vaillent sont ceux en faveur d’une liberté individuelle de plus en plus étendue (dernier avatar : la “pilule du lendemain” – abortive – gratuite pour toutes).

Malheureusement… tout cela au détriment des plus faibles : avortement “de confort” ou d’enfants trisomiques, vieillards culpabilisés par la charge qu’ils font porter à leurs enfants, à la société…

Au moment où la France est confrontée à de si graves crises, est-il urgent de rouvrir un débat sur la fin de vie ? La législation actuelle (loi Claeys-Léonetti de 2016) permet de soulager la souffrance, non d’abréger la vie ; malheureusement, les soins palliatifs, qui prennent en charge dans sa globalité la personne, sont encore peu développés dans notre pays et ceux qui la promeuvent réagissent : « La mort n’est pas notre métier ! ». Jean Léonetti, le promoteur de la loi de 2016, met d’ailleurs en garde : « Toute loi qui va à l’encontre de la vie humaine pose un problème fondamental existentiel. Elle pose même un problème de culture et de civilisation ».

Le souhait du président Macron qu’une loi sur le suicide assisté et l’euthanasie active soit votée dès 2023 réjouit les partisans du “droit de mourir dans la dignité” (la mort naturelle ne serait donc pas “digne”?) et les jeux ne sont-ils pas déjà faits, malgré cette “convention citoyenne” qu’on nous annonce… Et les “conditions strictes” d’encadrement évoquées dans l’avis positif du Comité d’éthique, ce comité politiquement verrouillé,  seront, on le sait, vite dépassées…

Nouvelle transgression fondamentale, mesure ultra-libérale, ce droit à donner volontairement la mort à autrui (ou de se donner la mort) est un nouvel exemple de notre époque où le désir de performance et de maîtrise, d’utilitarisme et de technicisme, brise toutes les limites, en oubliant que chaque vie humaine, même abimée,  reste un mystère.

La présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, Claire Fourcade, réagit : « Aujourd’hui, on voudrait mourir non seulement sans souffrir – ce qui est notre objectif en soins palliatifs – mais également “sans peine”, sans s’en apercevoir ». Or la mort fait partie de la vie et on veut nous la voler ! Avec cette nouvelle rupture éthique et anthropologique, que va-t-il rester de l’homme ? Parce que « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ».

Père Hervé Rabel