“Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent…”

Homélie du père Rabel sur l’Evangile de saint Luc (6, 27-38)    7ème dimanche du temps ordinaire ‘C’  – St Romain / NDB –  24 février 2019

1) A 4 reprises dans l’évangile se voit l’expression: « Faire – ou souhaiter – du bien »

C’est Pierre qui, chez Corneille, résume ainsi le ministère public du Christ : « Là où il passait, il faisait le bien » (Ac 10, 38). Au baptême, Jésus dira à Jean-Baptiste (Mt 3,15) : « Il convient que j’accomplisse toute justice ». Et cela nous renvoie au tout début de la Bible : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon ou très bien ». Et on le voit parfaitement dans la 1re lecture : David, qui pourtant est ‘roux’, ce qui signifie ‘sanguinaire’, David qui pouvait faire le mal,  accomplit en réalité le bien. Et, par là, il annonce le Christ.

La 1re attitude du chrétien, c’est de s’arracher au mal et de ‘faire le bien’, c’est-à-dire opérer une libération, sur soi et pour les autres, comme Jésus qui « faisait le bien et guérissait les malades ». David arrête un cycle de violence : quelle actualité, alors que la violence gagne de + en + notre société, soit en actes, soit en paroles ! Aujourd’hui, + que jamais, il nous est demandé d’être des ‘artisans de paix et de miséricorde’. L’antisémitisme, la christianophobie, mais aussi la violence sociétale : Parents 1, Parent 2… Et bientôt la PMA pour toutes, puis la GPA. Oui : « Faire le bien ».

 

2) Cependant cela ne suffit pas : s’il faut faire le bien, il faut bien le faire !

Car ‘L’enfer est pavé de bonnes intentions’. Après la guérison d’un sourd-bègue, les foules de la Décapole disent de Jésus : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 37). La 1re lecture évoque le roi Saül : celui-ci va offrir un holocauste (ce qui est bien) mais sans attendre Samuel, qui lui dit : « tu as agi comme un insensé » (1 Sm 13,9). Mais voyez également Pierre qui supplie Jésus de ne pas monter à Jérusalem, pour son bien, croyait-il… Jésus, quant à lui, nous rappelle St Jean (5,19) « ne peut rien faire de lui-même : il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ». « Si je n’ai pas la charité », dira St Paul en écho…

Qu‘est-ce à dire, si ce n’est qu’il ne faut rien faire par soi-même : cette libération, elle passe par une dépossession. Un bien n’entrera dans le Royaume que s’il est reçu du Père : voyez, par exemple cette longue étape au désert du peuple hébreu. Or aujourd’hui, notre Eglise est au désert, elle est acculée à vivre cette dépossession, à se remettre entièrement entre les mains du Père. « Dieu vous rendra riches en générosité de toute sorte » nous dit St Paul (2 Co 9,11). Si l’on veut faire le bien, et le faire bien, puisons dans le trésor de l’Evangile et de la Tradition. Et c’est bien cela que nous avons à apporter à ce grand débat : tout ce trésor de la Doctrine sociale : le Bien commun, la Loi naturelle, la subsidiarité… Bref, tout ce dont manque notre société !

 

3) Faire le bien, bien le faire, mais pourquoi : pour « devenir les fils du Très-Haut » dit Jésus

Si la libération passe par la dépossession, c’est pour aboutir à une consécration. En St Jean (14,10), Jésus dit : « Le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres ». Il est bien « celui que le Père a consacré et envoyé dans la monde » (10,36). On le voit  dans la 1re lecture, avec Saül « qui a reçu l’onction du Seigneur » et qui préfigure ainsi le Christ.

Mais nous aussi, de par notre baptême, nous sommes « consacrés et envoyés ». Et envoyés pour consacrer le monde. En écoutant cet évangile, on pourrait penser : ‘Mais, c’est du donnant / donnant !’Pas du tout ! L’amour du Seigneur nous presse et appelle de notre part une réponse d’amour : pour que l’alliance se réalise, pour que le projet du Père ne soit pas vain. Le bien, finalement, ce n’est pas ‘faire’ quelque chose que Quelqu’un à aimer. Il nous faut donc devenir ces tout-petits auxquels le Père révèle ses secrets, devenir, comme le souligne St Paul « à l’image de celui qui vient du Ciel », raviver notre consécration baptismale, pour « faire le bien ». Faire le bien, c’est être pleinement nous-mêmes, être pleinement homme. Pour surcompenser la violence sociale, sociétale, économique et financière, pour soigner notre Eglise abimée par tant d’horreurs, c’est un appel pressant qui nous est lancé par la Parole de Dieu. Un appel pour chacun de nous, laïc ou prêtre,  à grandir en sainteté.