Christ, Roi de l’Univers

    

Christ, Roi de l’Univers ‘C’  – Saint-Romain –  24 novembre 2019

1) Tous ces titres qui sont donnés

« Le Messie », celui qui va instaurer le règne de Dieu. « L’élu », qui reprend le 1er chant du serviteur d’Isaïe. « Le roi des Juifs », qui fait référence à David et sa lignée. Et qui est inscrit sur  la croix. Ces titres ne sont pas faux mais jamais Jésus ne se les ai attribués. Et surtout ils sont lancés par dérision, pour se moquer, l’injurier… Est-ce par dépit, par déception ? On attendait tellement de cet homme : cela aurait été pratique, quelqu’un qui guérit, qui nourrit. Et qui va délivrer Israël.

Le seul titre que Jésus se soit attribué, c’est celui de ‘Fils de l’homme’, en référence au livre du prophète Daniel au 2ème siècle avant lui, livre traversé par l’espérance du Royaume. Un titre qui met l’accent sur l’humilité, l’abaissement, mais aussi sur le roi à venir, à la fin des temps. La personne du Christ est déroutante, paradoxale : il faut faire attention de ne pas l’enfermer dans telle ou telle catégorie, mais toujours chercher à approfondir son mystère et la relation qu’il souhaite avoir avec chacun de nous.

2) Un refrain qui revient dans toutes ces invectives : « sauve-toi toi-même ! »

Il revient à 3 reprises dans ce court passage. C’est logique : les chefs, les soldats, le malfaiteur auraient tellement voulu qu’il soit si puissant qu’il puisse se « sauver lui-même ». Cela nous ramène aux tentations du début : « Si tu es fils de Dieu… » alors sauve-toi toi-même ! C’est-à-dire : exerce ta puissance divine. C’est ce que les juifs désiraient… mais n’est-ce pas aussi ce que nous souhaiterions : ‘Seigneur, fais ceci, fis cela…’.

Or Jésus est la non-puissance, la pauvreté absolue, la dépossession par excellence. Parce que, de toute éternité, il a tout redonné au Père, et qu’il se remet entre ses mains. Et c’est vrai qu’il est pleinement roi sur la croix parce que pleinement dépossédé, parfaite oblation. Il attend tout de son Père, qui le comblera par la résurrection.  N’est-ce pas alors, pour nous, une invitation à entrer dans cette dynamique de la dépossession, que ce soit dans les joies comme dans nos souffrances ? ‘En tes mains, Seigneur, à la suite de Jésus, je remets ma vie’. ‘Que l’Esprit-saint fasse de nous une éternelle offrande’ entendons-nous à la messe. N’est-ce pas aussi un appel à consoler ceux qui, dans l’extrême pauvreté, laissent apparaître le Christ caché au cœur de leur mystère ?

3) Il y a deux  personnages dont je n’ai pas parlé

Et tout d’abord le peuple. Avec cette phrase étonnante : « et le peuple restait là, à regarder ». Comme hébété, désorienté, ne sachant plus que penser. Ce peuple qui avait suivi Jésus sur les routes de Palestine. Il est là comme en attente. Après tout, il pourrait faire toute autre chose mais non, il est là, présent. Et puis il y a encore un autre personnage que je n’ai pas évoqué : celui qu’on appelle ‘le bon larron’. Quel titre donne-t-il au Christ ? Aucun. Il lui dit : « Jésus, souviens-toi de moi ». Quelle délicatesse : est-ce qu’il ne veut pas dire : « Jésus, tu es important pour moi et en toi je mets ma confiance. Parce que dans ton extrême pauvreté, j’entre-aperçois un mystère de vie.

Jésus, de riche qu’il était s’est fait pauvre, pour nous enrichir par sa pauvreté. Comment comprenons-nous cela ? Le Christ qui offre sa vie et qui reçoit la Vie. Aujourd’hui encore, le peuple – nos contemporains – reste là, à regarder, à nous regarder. De quel Dieu vivons-nous et quel Dieu présentons-nous ? Un Dieu qui est là pour régler tous nos problèmes ? Ou bien Jésus qui, par sa dépossession extrême, nous invite à nous unir à lui, dans ce chemin qui conduit à la Vie ?