Comprendre Noël

Noël 2019  –  NDB / Saint-Romain

1) A Noël, Dieu se fait homme…

Il ne se fait pas ange, ni animal. Il se fait homme. C’est d’ailleurs le seul titre que Jésus se donnera : « Fils de l’Homme », ce qui montre toute l’importance qu’il attachait à cela. Et à la toute fin de la vie du Christ, Pilate pourra dire : « Voici l’Homme ». Dieu s’est fait homme, dans toute l’épaisseur de cette humanité ; il n’a pas fait semblant, il a approfondi toutes ses dimensions humaines avec un objectif : « Il prit avec courage la route de Jérusalem », nous dit St Luc. Noël : pas un message, mais un évènement.

Dieu s’est fait homme, et nous invite à nous faire homme : parce qu’on ne nait pas homme, il faut le devenir. C’est tout un travail sur soi-même : aller en profondeur de son humanité. ‘Car le surnaturel est lui-même charnel et l’arbre de la grâce est raciné profond’ dira Péguy. Aujourd’hui, que d’incitations à nous ‘divertir’, à vivre à la superficie de nous-mêmes ! Jésus nous apprend à nous faire homme, à vivre avec toutes les dimensions de notre humanité, à nous réaliser pleinement, à ne pas tricher avec nous-mêmes = c’est ça, la paix de Noël.

2) A Noël Dieu ne se fait pas  seulement homme, il se fait petit enfant

Parce qu’il aurait pu apparaître dans toute sa stature d’adulte. Mais non, il a voulu se faire fragile et vulnérable, il a voulu faire l’apprentissage de la croissance. « L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait » précise St Luc. « Et le Verbe s’est fait chair » nous dira St Jean : ‘chair’ c’est-à-dire avec toute la fragilité d’une humanité. A Noël, Dieu se fait fragile et vulnérable. Et lorsque Pilate dira, avec justesse : « Voici l’Homme », c’est devant un être affaibli et humilié qu’il aura cette affirmation.

« Si vous ne changez pas pour devenir petit enfant » nous dit Jésus en St Matthieu : ce n’est pas un appel à devenir puéril et il ne faut pas réduire la crèche à des puérilités. Au moment où de nos jours, on travaille à faire des sur-hommes, avec le transhumanisme, au moment où le culte de la performance prévaut, Jésus nous demande de savoir reconnaître notre fragilité, de nous émerveiller, comme un enfant, devant les petites choses. Et, comme un enfant, de nous abandonner avec confiance à sa grâce, de suivre son chemin de « plus petit dans le Royaume ». Et de reconnaître en chaque être, même le plus affaibli, le plus défiguré, une dignité inaliénable. Depuis la conception jusqu’à la mort. = c’est ça, la paix de Noël.

3) Enfin à Noël, Dieu ne se fait pas seulement homme, ni enfant, il se fait petit garçon

« Voici que tu vas enfanter un fils », dit l’ange à la Vierge. Un fils, pas une fille ! Et lors de la Présentation, St Luc rappelle le passage de l’Exode : « Tout premier né de sexe masculin ». Pourquoi Dieu se fait-il homme masculin ? Mais bien parce qu’il vient en ce monde pour nous épouser. Pour être celui dont Jean-Baptiste dira qu’il est « l’ami de l’Epoux ». Celui qui vient célébrer les noces de l’Agneau. A Noël, l’Alliance nouvelle et éternelle de Dieu et de l’humanité commence à se célébrer et elle trouvera sa plénitude sur la croix.

Etre sexué, c’est accepter d’être incomplet (sexe = secarer, couper). C’est-à-dire avoir besoin d’un autre, notre semblable, accepter de se réaliser dans le don de soi-même, trouver sa joie et sa complétude dans l’autre. Aujourd’hui où l’individualisme est roi, où la sexualité est soit galvaudée, soit brouillée, Noël nous rappelle que nous ne pouvons grandir qu’en acceptant notre finitude sexuée et que nous ne pouvons grandir que par l’autre. Mais aussi, cette fête nous invite, d’une manière renouvelée,   à répondre à cet appel de l’Epoux, à devenir acteur de cette nouvelle et éternelle Alliance, rendue actuelle dans chacune de nos eucharisties, spécialement dans cette messe de Noël que nous célébrons en ce soir / jour. == c’est ça, la paix de Noël.