Epiphanie

Homélie du père Rabel sur l’Evangile de saint Matthieu (2,1-12)     Epiphanie ‘C’  – Saint-Romain –  6 janvier 2019

 

 Et si l’on remplaçait le mot ‘étoile’ par ‘foi’ : qu’est-ce que cela donne ?

1) La foi (l’étoile) met en route

« Nous avons vu son étoile et sommes venus… » : les mages spécialistes des étoiles (astrologues), c’est donc à travers leurs occupations quotidiennes qu’il perçoivent cette réalité qui les met en route. Vrai travail de discernement. Recherche de la vérité. Et cette étoile leur indique une direction : et pas n’importe la quelle : Jérusalem. Et pas vers ‘quelque chose’ mais bien vers Quelqu’un le « roi des juifs ».

La foi, ce n’est donc pas des vérités à croire, encore moins des ‘valeurs’ à vivre, mais une impulsion donnée à notre vie, un élan, un effort pour sortir de nos habitudes. Un travail à faire pour discerner le chemin à prendre. Enfin – et surtout – c’est une personne, ce « roi des juifs », inlassablement à chercher. Et remarquons qu’il s’agit « des » mages, au pluriel : cette recherche est à faire à plusieurs : on n’est pas chrétien tout seul !

 

2) La foi (l’étoile) donne l’audace

« Où est le roi des juifs ? » : ces étrangers vont oser poser des questions ; et pas à n’importe qui : aux sommités religieuses (grands prêtres), intellectuelles (scribes) et politiques (ce petit tyran local, Hérode). Ils veulent aller jusqu’au bout de leur recherche et, surtout, vont accueillir des signes venant de ceux qui seront les pires ennemis de ce « roi des juifs », de ceux qui voudront l’éliminer ! Quel paradoxe ! Vous avez remarqué qu’on n’évoque plus l’étoile à ce moment : ‘nuit de la foi’ pour ces mages ? Ils vont avancer dans ce clair-obscur qu’est la foi.

« Vois comme nous avons souffert en te cherchant » dira la Vierge à l’enfant de 12 ans… La foi n’est ni évidence, ni certitude : on ‘n’a pas’ la foi, mais celle-ci se nourrit des épreuves, des étonnements, et même des désillusions… La foi est toujours à remettre en question, à purifier… Rappelons-nous : ‘le sang des martyrs est semence de chrétiens’ : nous ne souffrons pas le martyre de sang mais peut-être l’indifférence massive de nos contemporains est-elle lourde à porter ?

 

3) Enfin la foi (l’étoile) est source de joie

La recherche n’est pas finie pour ces mages : n’est-ce pas déroutant de quitter Jérusalem pour aller vers Bethléem ? « Ils partirent… ». Mais ils sont récompensés car l’étoile qui avait apparemment disparu, ils la retrouvent : « Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grand joie » (redoublement de joie).  Voilà la récompense de leur persévérance. Et ils peuvent alors « entrer dans la maison », annonce de l’Eglise et, plus lointainement, de la demeure définitive qu’est notre Patrie céleste.

Comme Joseph qui avait formé un projet mais qui a accepté de s’abandonner à celui de Dieu, ces mages, eux aussi, se rendent disponibles au projet divin. A travers toutes ces péripéties, parce qu’ils font confiance, ils découvrent « l’enfant avec Marie sa mère ». En cette nouvelle année, le meilleur vœu n’est-il pas celui de s’abandonner, de faire confiance, d’avancer malgré obstacles et contradictions, pour aller « par un autre chemin » qui n’est autre que le Christ ? Et de faire rayonner, dans cette société si morose, cette joie de se savoir aimés…