Etre juste

30èm dimanche du temps ordinaire ‘C’  – Saint-Romain –  27 octobre 2019

1) La question du Christ, c’est : qu’est-ce que c’est qu’être juste ?

Ce pharisien, qui a l’air d’être un homme tout à fait respectable,  est convaincu d’être juste mais, finalement, on le voit, c’est le publicain – un pauvre type – qui « est devenu un homme juste ». Qu’est-ce que c’est qu’être juste ? N’et-ce pas, tout simplement, accepter de ‘s’ajuster’ au projet qu’a Dieu sur chacun. Ce n’est pas être quelqu’un de ‘bien’ mais être une personne qui se rend disponible à la grâce. Vous vous rappelez Péguy et ‘ces honnêtes gens qui ne ‘mouillent’ pas à la grâce’…

Alors, oui, est-ce qu’on a vraiment envie d’être juste ? On a envie d’être heureux,  d’être ‘bien dans sa peau’, voyez toutes les publicités pour cela. Il y a tout ce mouvement individualiste, hédoniste qui nous pousse à cela. Nous voulons être crédibles, ne pas faire de vagues et, insensiblement, nous sommes du monde et non pas seulement dans le monde, comme le souhaite le Christ. Alors, ne risquons nous pas de perdre notre âme, dans cette société devenue liquide ?

2) Si, néanmoins, on souhaite être juste, le peut-on par soi-même ?

Comme chaque parabole, celle-ci est caricaturale, bien sûr. Mais elle pose une question : est-ce qu’on veut ‘mener sa vie’ ou se laisser conduire par le Seigneur ? « Si tu veux être parfait (c’est-à-dire juste), va, vends tes biens et suis-moi ». Acceptons-nous de ne pas être ‘du monde’, tout en restant dans le monde ? Le pharisien « rend grâce », en fait… pour lui-même ! Le publicain se reconnaît pêcheur, il a besoin du Seigneur ; et  il va tout recevoir de Dieu.

Parce que c’est le Christ qui est notre justice. Celui qui nous tire vers le bien. Comme le souligne St Paul : « Je n’ai plus qu’à recevoir la couronne de justice » : la recevoir et non la prendre. Veut-on mener sa vie, ou bien la recevoir du Seigneur ? Et n’est-ce pas tout l’enjeu d’une liturgie qui est d’accueillir le cadeau du Seigneur, d’écouter sa Parole et Le recevoir lui-même ?

3) Néanmoins, si on veut être juste, il faut accepter d’être bousculé.

Le publicain « se tient à distance » : il est alors prêt à entendre : « Mon ami, monte plus haut ». Et lui qui n’osait pas lever les yeux, va pouvoir dire : « Je lève les yeux vers les montagnes, c’est de là que le secours me viendra ». Parce qu’être juste n’est pas un état figé, c’est accepter un cheminement intérieur avec le Christ.

Chacun de nous a un projet de vie – c’est bien normal, nécessaire – mais quelle place a le Seigneur dans ce projet. Vous remarquez qu’avec le pharisien, c’est : « Je, je, je… ». Le publicain, lui, se met à la dernière place, justement celle qu’a pris le Christ et il lui est proposer de monter avec Lui. Seulement, ne rêvons pas, cette montée, c’est celle de la Croix, ce n’est pas celle de la facilité. Pour arriver à dire, comme St Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est toi qui vis en moi », il faut refuser la ‘mondanité’, comme le dit notre Pape, il fut vouloir devenir juste, à l’école du seul juste, le Seigneur Jésus.