La moisson est abondante

14ème dimanche du temps ordinaire ‘C’  – St Romain / NDB –  7 juillet 2019

 

1) Trois parole un peu étonnantes du Christ : « La moisson est abondante »

Parce qu’habituellement, on insiste sur « les ouvriers sont peu nombreux ». Du coup, on se culpabilise, on se désespère…Mais le Christ dit : « La moisson est abondante » : c’est l’essentiel. Cela signifie que beaucoup sont en attente. Dans le texte parallèle de Mt et Mc, il et précisé : « Les foules étaient désemparées, comme des brebis sans berger ».

Aujourd’hui, les foules sont-elles désemparées ? Il s’agit peut-être plus d’anesthésie, de cécité… Lorsqu’on parle d’ « ouvriers », on pense spontanément à la crise des vocations. De fait, il y a destruction de l’éco-système qui rendait possible l’éclosion de vocations de consacrés. Mais, quand on pense à l’explosion de la pornographie, de la drogue, de tout ce divertissement, et le djihad…n’y a-t-il pas là une « moisson abondante » c’est-à-dire une recherche de sens à donner à la vie. Et les ouvriers, c’est en réalité chaque baptisé, appelé à témoigner du Christ. « La moisson est abondante » : est-ce que cela ne doit pas nous stimuler pour vivre et annoncer l’Evangile ?

 

2) « Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandale »

Pour St Augustin, tous ces objets en cuir, en peau morte, ils sont le signe qu’avec le Christ, la mort est vaincue et que l’on doit choisir la vie. Rappelons-nous Moïse à l’Horeb : « Retire tes sandales… ». Plus largement, invitation à porter une seule chose : le Christ. Cf. 1 Co 2,2 : « Je n’ai rien voulu connaître que Jésus-Christ, ce messie crucifié ». « Que la croix du Seigneur reste ma seule fierté » (2ème lecture. )Pour répondre à cette « moisson abondante » : faire connaître et aimer le Christ.

Les projets, les plans, les restructurations… c’est bien, mais trop humain. Notre seul programme, ça doit être le Christ. Si l’homme aujourd’hui est asservi à la marchandise, alors proposons-lui la vraie liberté qui est le Christ. Mais alors, cela nous interroge sur notre style de vie : tranche-t-il sur celui de nos contemporains ? « Dites d’abord ‘paix à cette maison’ » : dans une société de plus en plus violente, comment porter la paix qui vient du Seigneur ? Dans une société de compétition, comment mettre au 1er plan la vulnérabilité ? Et puisque nous célébrons l’eucharistie, comment manifester à cette société de consommation que seul Dieu, qui est consommé à la messe,  comble pleinement nos désirs ?

 

3) « Restez dans cette maison »

On aurait plutôt entendu : allez d’une maison à l’autre pour que beaucoup entendent la Bonne Nouvelle. Le Christ ne dit pas aux disciples : restez dans la synagogue… Comme il ne nous dirait pas aujourd’hui : restez pieusement à l’église. Il nous demande d’être ses disciples ‘au-dehors’ et, bien plus, de ‘rester’. Rester, pour bien connaître ceux vers lesquels vous êtes envoyés.

Il y a là un appel à bien connaître nos contemporains, à ne pas rester dans un petit cercle où l’on serait bien ensemble, où l’on penserait la même chose. Parce que la foi n’est pas une des ressources de la construction de soi, une formule de bien –être. Une solution pour être ‘bien dans sa peau’. Elle a nécessairement un horizon social. Elle nécessite de connaître ceux vers qui nous sommes envoyés. Même si cela nous surprend, nous révolte, nous questionne. « La moisson est abondante » : elle ne viendra vers nous, c’est à nous d’aller vers elle.