La tentation du Christ

Ier dimanche de carême ‘A’  – St Romain –  1er mars 2020

1) C’est l’Esprit qui conduit Jésus vers la tentation…

Un peu étonnant ! Dans le Notre-Père : ‘ne nous laisse pas entrer en tentation’. Alors ? Pourquoi ? Nous sommes juste après le baptême de Jésus, avec la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils » : ce baptême est un envoi en mission. Cette mission c’est pour Jésus, être homme, en toutes choses, à l’exception du péché. Donc un homme non pas pécheur, mais soumis à la tentation. Parce que, sans péché, il s’est fait péché pour nous, comme le dira St Paul.  Et dans cette mission, toute la Trinité est investie : la voix du Père, l’Esprit qui le conduit.

On voit donc ici à l’œuvre cette humilité de Dieu qui se rend vulnérable, pour nous rejoindre dans nos vulnérabilités. Il se met à notre niveau et accepte le combat contre le diable. La liturgie nous donne cet évangile pour nous rappeler qu’à la suite de Jésus, le carême est bien un combat. Nous qui sommes tentés et qui succombons le plus souvent à la tentation. Sommes-nous armés pour ce combat ?

2) Dans ce désert, Matthieu note que Jésus a faim…

On s’en serait douté : après 40 jours de jeûne ! Alors pourquoi ce détail, qui semble un peu trivial ? Pour nous rappeler que ce combat est mené par le Christ parce que celui-ci a faim… de notre salut. Que sa mission, c’est pour nous recréer à sa ressemblance. Rappelons-nous : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette pâque avec vous » dira-t-il à la fin de cette mission. Intense désir de Jésus de recentrer notre vie de baptisé sur la Parole de Dieu, le Seigneur et lui seul.

Une remarque il y a quelques jours m’a fait réfléchir : on parle beaucoup de l’immigration, des migrants. Lorsqu’ils arrivent en France, du Magreb, de l’Afrique noire ou d’ailleurs, leur stupéfaction, c’est l’absence de Dieu. En France, Dieu est absent ! Il est remplacé par la soif de consommer, par la faim de maîtriser toutes choses, de la conception à la fin de vie, par le désir de posséder ou de se divertir. Alors le carême ne consisterait-il pas mettre Dieu à la 1re place dans nos vies ? Pour témoigner de lui auprès de nos contemporains.

3) A la fin de l’évangile, le diable quitte Jésus

Et St Luc ajoute ce détail : « le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé ». Ce moment, c’est la trahison de Judas et l’agonie, bref la croix. Ce combat que le Christ commence lors des tentations il va avoir son paroxysme au Calvaire : le salut, cette faim que le Christ  a de notre salut, cela va passer par le don ultime de Jésus, par le jusqu’au bout de l’amour.

Aujourd’hui, il est de bon ton de nier l’existence du démon : c’était bon pour le Moyen-Age ! Et pourtant, ne voit-on pas aujourd’hui, plus que jamais, cette présence dans la folie des hommes, dans cette deshumanisation croissante ? Lors de l’agonie, fine pointe de son combat, le Christ dira à ses disciples : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26, 41). Lui est entré volontairement dans cette tentation, mais pour commencer son œuvre de victoire. Alors l’objectif du carême, ne serait-ce pas, justement, de veiller et de prier pour ce monde, de continuer le bon combat du Christ afin de hâter la victoire de Pâques ?