La Vie Véritable

13e dimanche temps ordinaire ‘A’  – Saint-Romain –  28 juin 2020

1) Dans cet évangile, il est question de dignité

Qu’est-ce que signifie : ‘être digne de Jésus’ ? Ce qu’il dit est choquant (l’aimer plus que son père ou sa mère) mais attention, c’est un style oral : il faut choquer, pour attirer l’attention. Le Christ veut faire, réfléchir, réagir. Etre digne, c’est se décentrer sur lui, entrer dans son mouvement filial. Cela va à l’encontre de l’autosuffisance actuelle de l’homme, qui ne veut s’enraciner nulle part qu’en lui-même. La source de la dignité : c’est le Christ. Comme le souligne le psaume : « marcher à la lumière de la face de Dieu ».

La tradition judéo-chrétienne décerne à l’homme une dignité supérieure, cette supériorité qu’aujourd’hui on récuse. Nous vivons dans une sorte de panthéisme où c’est la nature entière qui a autant de dignité, si ce n’est plus… On est ainsi passé de l’humanisme à l’humanitarisme. Mais encore faut-il se faire homme, le devenir… Etre digne de Jésus, c’est ressembler à celui dont on a dit : « Voici l’homme ».

2) C’est pourquoi il est question de vie

Là encore ce que dit Jésus peut choquer : ce jeu du ‘qui perd gagne’. Quoi de plus précieux que la vie ! Mais être digne de Jésus, être digne d’être homme implique un changement : passer de la vie simplement reçue, une vie biologique, à une vie construite. Il s’agit de se faire homme, de le devenir. Accueillir cette source cachée qu’est le Christ pour grandir avec lui, lui qui a dit « Je suis la vie ». « Pour que nous menions une vie nouvelle, comme le Christ », ainsi que le dit St Paul.

Chaque homme est appelé à devenir le temple de la Ste Trinité ; le baptême en est la voie royale mais chaque homme est appelé à devenir source, à passer d’une vie subie à une vie dont il va être l’origine. Chaque homme est appelé à cette dignité qui est de ne pas subir sa vie, mais la prendre en main. C’est un combat, d’où l’expression « prendre sa croix ». Non pas dolorisme, mais combat continuel pour aller vers cette vie véritable, source de notre dignité. Il faut, comme le souligne St Paul « passer par la mort, avec le Christ ».

3) Et comment atteindre cette vie véritable, si ce n’est en se donnant

« Celui qui donnera à boire à l’un de ces petits ». C’est la logique de l’Evangile : trouver sa véritable dignité, c’est vivre de la vraie vie et cette vie, on la trouve, à l’exemple du Christ, en se dépossédant de sa vie, en la donnant. La croix n’est pas d’abord la souffrance, c’est le don de soi même. On a un exemple avec cette femme de la 1re lecture : de riche qu’elle était, elle s’est dépossédée pour enrichir le prophète. Aujourd’hui, ne faut-il pas sortir de l’individualisme post-moderne, pour entrer dans la relation qui fait vivre ?

« Donner à boire à l’un de ses petits » : sortir de son ego pour aller vers ceux qui ressemblent au Christ, lui qui s’est fait petit. Notre dignité d’homme, c’est d’aller à la rencontre de la dignité de l’autre, quelle que soit sa situation, puisque chaque homme est appelé à être tabernacle de cette Source jaillissant en la Vie véritable. Tout ce qui s’est passé pendant cette pandémie doit réorienter notre regard : on devient homme en se donnant, et en se donnant aux petits. C’est ce qu’on fait les soignants, et tant d’autres. A nous de continuer leur combat, chacun à sa manière (pensons aux maisons de retraite, au Secours catholique, à la Conférence St Vincent de Paul) et à nous de révéler à chacun qu’il peut être porteur de cette dignité qui le fait homme à la ressemblance de l’Homme.