Le Baptême du Seigneur

                                                   Baptême du Seigneur  – Saint-Romain –  12 janvier 2020

Lors d’un baptême d’adulte, le 1er dialogue c’est : ‘Que demandez-vous à l’Eglise ? – La foi – Que vous apporte la foi ? – La vie éternelle’. Alors, la foi, c’est quoi ? La vie éternelle, c’est quoi ? Et finalement, être baptisé, qu’est-ce que ça signifie ?

1) La foi, c’est quoi ?

Parce qu’il y a foi et foi : on dit ‘J’ai la foi’, en fait, cela veut dire : ‘J’ai le désir de Dieu’. Le désir d’une rencontre. Et c’est déjà beau. Mais la vraie foi, c’est un don  de Dieu. Celle qui peut déplacer une montagne, comme dit Jésus (Mt 17,20). Bref, la foi n’est pas un vague sentiment, mais l’accueil d’un cadeau. Ce qui signifie qu’il faut être disponible pour recevoir ce don. En prendre les moyens : lecture de la Parole de Dieu, qui nous éclaire, prière, faire silence en soi.

La foi, nous dit l’Eglise, c’est une ‘vertu’, c’est-à-dire une force. Une force parce qu’il y a un combat à mener. Le Christ n’a pas besoin d’avoir la foi puisqu’il est Dieu mais au baptême, il reçoit l’Esprit-Saint, en tant qu’homme, pour que, par lui,  chaque homme reçoive cette force : il accueille l’Esprit-Saint pour nous le donner. Pour le Christ, on le sait, le combat sera rude et pour nous, accueillir la foi au baptême, c’est être prêt pour un combat : celui de la vie éternelle.

2) Justement, la vie éternelle, c’est quoi ?

Avouez que c’est un peu flou ; on n’y pense pas trop. Lors du décès d’un proche, on se dit : ‘Il est quelque part… Là où il est’. Est-ce que c’est quelques années, en plus, après la mort ? C’est Coluche qui disait : ‘L’éternité c’est long, surtout vers la fin !’. En fait, ce n’est pas un prolongement de la vie, ni une autre vie, mais une vie ‘autre’, transfigurée en Dieu.

Il y a plus de 100 ans, Charles Péguy écrivait : ‘Le moderne prépare sa retraite comme le chrétien son salut’. Vous voyez, on est en pleine actualité ! La vie éternelle, être sauvé, c’est correspondre à ce que Dieu désire qu’on soit. Bien sûr, notre corps biologique retourne à la poussière mais notre ‘personne’, notre vrai ‘moi’, notre vraie vie, sont appelés à entrer dans la vie même de Dieu. On en fait l’expérience furtive de temps en temps : grande paix, grande joie, plénitude de vie. Cette vraie vie, elle est enfouie au plus profond de nous-mêmes et le combat de la foi, c’est d’aller la chercher. Or, aujourd’hui, tout nous en empêche : on surfe à la surface de la vie, on se divertit. Or, la vie éternelle, elle se conquiert.

3) Alors, le baptême, dans tout ça ?

Le baptême, c’est accueillir le don de Dieu – ce cadeau merveilleux – pour être sur la longueur d’onde de Dieu. Voyez Isaïe : « Je te saisis par la main, je te façonne » : accepter de se laisser travailler par la grâce de Dieu. Avec comme objectif : devenir fils, fille de Dieu, à la ressemblance du « Fils bien-aimé ». « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », pour que chaque créature entre dans cette filiation. Etre baptisé, ce n’est ni une protection, ni vivre des ‘valeurs’, ni même entrer dans une communauté, c’est faire partie d’un Corps qui est celui du Seigneur. Chaque homme est créature de Dieu ; avec le baptême, on devient enfant de Dieu.

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » : être baptisé c’est être uni à Jésus pour, avec lui, faire la joie du Père. C’est ça la vie éternelle, c’est ça être sauvé. Entrer dans ce mouvement du Fils tourné vers le Père, ajouter à la joie de ce Père. Ce n’est pas évident, c’est le combat de la foi, c’est poursuivre le combat de Jésus, lui  « est passé en faisant le bien », comme le dit Saint Pierre. Avec nos propres forces, c’est impossible : c’est le baptême qui fait de nous des disciples, aptes à continuer l’œuvre de Jésus, à contribuer à cette re-création du monde qu’il a commencée par sa mort et sa résurrection.