Le message de la Pentecôte

Pentecôte ’A’  – Notre-Dame des Bruyères – 31 mai 2020

1) Jésus « est là, au milieu d’eux » et il leur parle

Parce que la Pentecôte, c’est la fête de la relation. Relation entre les personnes de la Trinité, qui sont bien présentes dans cet évangile, relation entre le Christ et les disciples, enfin relation des disciples avec le monde : « Je vous envoie ». On peut dire, pour les disciples, c’est la fête du dé-confinement. Ils passent de la crainte, de l’enfermement à la découverte d’un Dieu toujours là : « il était là, au milieu d’eux ». Et d’un Dieu qui, dans l’humanité de Jésus, s’est montré dans sa véritable nature, vulnérable, d’où l’insistance sur les mains et le côté.

‘Au commencement est la relation’ disait le philosophe Bachelard. « Comme le Père… moi aussi… recevez l’Esprit ». Découverte d’un Dieu qui n’est que relation, qui ne cesse de se donner, donc d’une extrême vulnérabilité, puisqu’une relation appelle une réponse. Découverte, pour les apôtres, de la véritable nature de Dieu, tout le contraire d’une idole et c’est bien pourquoi Jésus va partir, va les quitter. Et les appeler au dé-confinement puisqu’on ne vit que dans la relation à l’autre. Quelle va être notre « présence réelle » au monde ?

2) Jésus donne la paix et la joie

La paix, le contraire de la peur, de la crainte, c’est la constante du don de Dieu, à travers toute la Révélation. Avec, en prime : la joie. Un peu étonnant, voire déconnecté parce que la paix ? Alors que les tensions augmentent entre les Etats-Unis et la Chine, que les mouvements sociaux arrivent, ici et dans le monde (cf. Mineapolis). La joie ? Alors que la perspective du chômage arrive, d’une manière terrible. Peut-on être dans la paix et la joie ? Il faut s’entendre : est-ce la paix d’un chacun pour soi, individualiste ? Est-ce la joie égoïste de la consommation ?

« Je vous donne ma paix, non pas à la manière du monde ». La paix que Dieu veut nous donner, c’est cette ouverture du cœur, au-delà des petites revendications. La joie, c’est la joie du don, qui est au cœur de la Trinité : « Il y a plus de joie à donner… ». Alors, comment aujourd’hui être artisan de paix, de joie ? On est heureux que les messes recommencent mais si nous pouvons à nouveau célébrer les 2 tables, de la Parole et de l’eucharistie, nous ne le ferons, en vérité, que par le service de la 3ème table, celle du frère. Et si la Pentecôte est la fête du dé-confinement, c’est bien pour nous envoyer vers les frères : « Moi aussi, je vous envoie ». Nous ne sommes chrétiens que pour le monde et toute grâce est une mission.

3) Jésus leur demande de remettre ou maintenir les péchés

Que viennent faire les péchés dans cette fête, dans cet envoi ? Le péché, c’est se tromper de Dieu, ne pas être transparent au mystère de Dieu, à ce mystère de pauvreté puisque Dieu n’est que don joyeux vers l’autre. Et si l’Esprit nous dé-confine, nous rend porteur de paix et de joie, c’est parce qu’il y a un appel à partager cette découverte de la véritable nature de Dieu. Pas un auteur supposé d’un coronavirus, pas celui qui se lave les mains de cette pandémie, pas celui qui laisse mourir des milliers de personnes. Non, mais Celui qui pleure avec, Celui qui accompagne, Celui qui donne courage, Celui qui pousse au service du frère. Et qui nous demande d’être responsable de cette diffusion de la paix, de la joie.

Tant de gens, on l’a dit et redit, se sont engagés dans ce service : croyants ou non. Tant de gens, grands ou petits, ont été dans la paix et la joie profonde du don. Alors, n’est-ce pas à nous, chrétiens, d’en être les témoins ? N’est-ce pas à nous, devant la beauté et la dignité de tous ces gens, de leur révéler, avec beaucoup d’humilité, qu’ils sont les porteurs de cette Présence, de ce Dieu vulnérable, accompagnant chacun, pauvre et vulnérable, vers ceux qui sont encore plus vulnérables ? Humilité, vulnérabilité, des leçons de cette terrible crise. La Pentecôte 2020 doit faire de nous les témoins d’un Dieu « au milieu de nous », qui veut nous conduire vers la Vie véritable.