M’aimes-tu : une question que Jésus pose à chacun d’entre nous

Troisième dimanche de Pâques ‘C’  – St Romain –  5 mai 2019

 

1) « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? »

Est-ce qu’on imagine Jupiter ou Zeus dire aux hommes : ‘M’aimes-tu ?’ Est-ce qu’on imagine le dieu des musulmans s’adresser à eux en leur disant : ‘M’aimes-tu ?’… Quelle idée, quelle image se fait-on de Dieu. Dieu : on l’adore… de loin. Un point c’est tout ! Qui a dit : ‘Notre-Père qui es aux cieux… restez-y’ ?  Jacques Prévert. Ce dieu lointain, spectateur impassible, il n’intéresse personne. Ou, si l’on y pense, c’est pour lui jeter à la face : ‘Comment permets-tu ce scandale du mal, de la souffrance ?’

Dans cet évangile, on évoque ‘le disciple que Jésus aimait’ : en fait c’est le disciple-type, chaque homme finalement parce que Dieu aime, Dieu n’est qu’amour. Mais si la Bible nous dit de répondre à cet amour ‘tu aimeras le Seigneur ton Dieu’ ici c’est un total renversement de perspective : celui que l’on nomme, faute de mieux, par ce terme générique ‘dieu’, c’est lui qui nous pose la question : pas ‘Je t’aime’ mais ‘acceptes-tu de répondre à mon amour’. Notre Dieu est dans l’attente anxieuse de notre réponse…

 

2) « M’aimes-tu vraiment ? »

Pas en passant : une petite prière vite faite, mal faite… Cette question s’adresse à Pierre, parce qu’en trahissant le Christ, il a fait l’expérience de sa fragilité… et il peut comprendre la fragilité de Dieu. Pour ce verbe aimer, St Jean utilise le verbe ‘agapas me’ : l’amour même dont Dieu nous aime, jusqu’au bout, un amour de miséricorde, d’un cœur qui se brise devant la non-réponse de l’homme.

Alors le pauvre Pierre va répondre, mais à son niveau : ‘Oui, j’ai de l’affection pour toi’ : j’essaye de répondre à ton amour. C’est déjà pas mal, c’est pourquoi le Christ va lui dire : « Sois le pasteur ». Peut-être aurait-il aimé une réponse plus nette mais voilà : quelqu’un accepte de répondre, d’entrer dans cette proposition d’alliance. Parce que Dieu est le pauvre par excellence et il a besoin de notre collaboration dans cette histoire d’amour qu’Il a lancée en créant. L’univers est une histoire nuptiale, qui ne peut s’écrire qu’à deux…

 

3) « M’aimes-tu ? »

Pourquoi une 3ème fois ? Rappelons nous St Jean (6,67), après la multiplication des pains, alors que tout le monde le quitte : « Voulez-vous partir, vous aussi ? ». Angoisse de Dieu, devant le refus de l’homme. Alors ce 3ème « M’aimes-tu », ce n’est plus ‘agapas me’ l’amour même qui est Dieu, mais ‘phileis me’ : cet amour d’amitié, le verbe même qu’a employé Pierre. Dieu descend de son perchoir où, spontanément, on le relègue pour nous dire : ‘Je quémande ton amitié’, en me mettant à ton niveau. Cf. « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis »…

Ici, avec le Christ, notre Dieu se révèle pleinement tel qu’il est en réalité : désarmé, quémandant notre amitié, notre réponse. Parce que Dieu n’est qu’amour et un amour n’est fécond que s’il trouve une réponse d’amour. Et si Pierre avait dit non ! Répondre ‘Oui, je t’aime’ c’est permettre à Dieu de poursuivre, avec nous, son œuvre de création. Cette création si abimée qui attend notre réponse. Finalement, nous sommes responsables de Dieu : quelle dignité pour l’homme ! Ce Dieu blessé par le mal et la souffrance, c’est le sens de la croix, innocent de tout cela, nous avons à le faire exister, parce qu’Il nous est confié. Faire exister Dieu en nous, en l’autre : Dieu n’est-il pas en péril : à chacun de nous de le sauver.