Maître, que dois-je faire ?

Homélie du père Rabel sur l’Evangile de Saint Marc (12, 28-34) du dimanche 04/11/2018.

1) Un homme s’avance…

C’est ce scribe qui, librement, va vers Jésus, parce que ce dernier, ce « maître », a bien répondu aux juifs. Il est scribe, un homme qui réfléchit, qui connaît la Loi. Il ne cherche pas à prendre au piège le Christ, non. Mais il veut savoir, il cherche… Il évoque les ‘commandements’ : un commandement, ce n’est pas un ordre, mais une Parole, qui est source de vie.
Qu’est-ce qui donne sens à ma vie ? Quelle direction prendre ? Et vers quel objectif ? La réponse du Christ, elle est toute simple : le 1er des commandements, c’est « Ecoute, Israël ». Ecoute, c’est-à-dire sort de ta bulle, de tes préoccupations immédiates et sois attentif à la Parole. Ne sois pas crispé sur tes certitudes. Et tout cela en lien avec ton peuple, ton histoire sainte : « Ecoute, Israël »…

2) Cet homme, s’étant avancé, reprend la parole

Ce scribe s’est approché de Jésus, il a écouté la Nouveauté toute nouvelle qu’est le Christ. Mais, ce qui est étrange, c’est qu’il a l’air de radoter, de reprendre les paroles de Jésus, comme un perroquet ! En réalité, il reprend bien ce que dit le Christ, mais le reformule différemment, à sa manière. Ce qu’on appellerait un ‘targum’, un commentaire Il reprend les paroles de Jésus, avec ses mots à lui.
Parce qu’il ne suffit pas de s’avancer, d’écouter. Parce qu’on risque d’en rester à un plan purement intellectuel, ou de n’être qu’un spectateur. Il faut s’approprier la Parole, la Nouveauté, la faire sienne. « Ces paroles resteront dans ton cœur » dit le Deutéronome : pas à la superficie de ton être. Il faut permettre à la Parole de descendre profond. En fait, il faut se laisser assimiler par la Parole. Et non la surplomber. Se laisser modeler par elle. « Une chose que Dieu a dit, deux choses que j’ai entendu » rappelle le psaume 61… La Parole doit nous toucher, tel que l’on est, avec notre personnalité qui est unique.

3) Et, dit Jésus, il n’est pas loin du royaume de Dieu

Il s’est avancé, en effet, mais le passage des Hébreux parle de « ceux qui, par Jésus, s’avancent vers Dieu ». Jésus est le chemin qui conduit au Père. Et il fait comprendre à ce scribe que le but de sa recherche, c’est bien le Père. Il ne faut surtout pas s’arrêter à Jésus. Il ne faut surtout pas s’arrêter ! Le Deutéronome le dit bien : « Tous les jours de ta vie, tu observeras… ».
Rappelons-nous les phrases si incisives du pape François dans sa dernière exhortation : ‘Dieu est toujours une surprise… toujours une nouveauté’. Dieu est celui qui déroute, qui dérange, sinon… on se trompe de Dieu. Le passage d’Evangile se termine par cette phrase curieuse : « Personne n’osait plus l’interroger ». Peut-être parce qu’ils n’ont pas envie d’être déroutés ? Tout de suite après ce passage, Jésus reprendra la parole : cela pour faire comprendre que la vie chrétienne est une réponse, inlassable, de tous les jours, une aventure. Le scribe a peut-être eu peur de voir jusqu’où cela pourrait le conduire. N’ayons pas peur : il y a là une invitation à devenir, non seulement, un curieux de Dieu, mais un passionné de cette aventure qu’est la vie de disciple.