“Mon enfant, va travailler à la vigne aujourd’hui !”

26ème dimanche du temps ordinaire ‘A’  – Saint-Romain –  27 septembre 2020

1) Un père qui propose

« Mon enfant » : pas « mon fils », une relation filiale, mais bien plus, une relation affectueuse, une demande qui sollicite. Pas une exigence, mais l’expression d’un désir profond. Et une demande qui invite ce fils à prendre une responsabilité, et qui peut ainsi donner un sens à sa vie.

Ce père « vint trouver » ses 2 fils. Il se déplace, il prend l’initiative, finalement, il s’abaisse un peu, car, logiquement, c’était à ses fils de faire le 1er pas. Et puis, prenant l’initiative, il peut très bien s’attendre à un refus, ce qui arrive d’ailleurs avec le 1er fils. « Je ne veux pas » : terrible comme réponse alors que le père l’invitait en lui disant, plein d’affection, de sollicitude : « mon enfant ». Dans notre relation avec Dieu, c’est toujours lui qui prend l’initiative et qui attend, avec anxiété, notre réponse…

2) Un fils qui se repend

« Mais ensuite, s’étant repenti… ». C’est le verbe central de cette parabole. Mais avec une traduction qui l’affaibli terriblement. Parce que ce n’est nullement une ‘repentance’ (à la mode !) un mouvement où l’on vient humblement demander pardon, rempli de remords. Non, le mot grec, c’est ‘métanoïa’. Et c’est bien plus fort : c’est un renversement de pensée, une réelle conversion, un retournement de l’être tout entier, au-delà de la raison rationnelle. Un mouvement qui ouvre l’homme à plus grand que lui-même en lui-même, et qui lui fait découvrir la réalité même de Dieu.

La foi  – à 3 reprises le verbe ‘croire’ –  croire, c’est accepter de s’ouvrir en soi-même à une réalité plus grande que soi-même et, dans un même mouvement, opérer un déplacement : « s’étant repenti, il y alla ». Finalement, croire, c’est entrer en profondeur en-soi-même, aller au-delà de la surface, et entrer dans le mouvement même de Celui qui nous sollicite. En fait, passer d’une vie à la superficie à la vie véritable, celle que Dieu nous propose. C’est ce que réalise ce 1er fils, c’est ce à quoi nous sommes invités. Angoissés avec cette 2ème vague, n’est-ce pas le moment de trouver au plus profond celui qui est la Paix ?

3) Le royaume qui s’ouvre

Comme dans l’évangile de dimanche dernier, on nous parle du royaume. « les publicains et les prostitués vous précèdent dans le royaume » : pourquoi eux ! Parce que la rencontre n’est pas au bout d’une vie moralement correcte, parce que croire, ce n’est pas suivre une morale. Croire c’est suivre Quelqu’un. Curieusement, ce n’est pas le Fils de l’Homme qui est évoqué, mais Jean-Baptiste qu’il faut suivre « sur le chemin de la justice ».

Il faut donc « s’ajuster » et entrer dans un chemin de conversion, qui nous conduit de Jean-Baptiste, l’homme de la morale, à quelqu’un d’autre, qu’il annonçait. En fait, aller vers l’inconnu, accepter de bouger avec l’espérance d’une autre rencontre. Le royaume, c’est donc cette rencontre, au cœur de chacun, de deux désirs : celui du Père qui nous sollicite « mon enfant » et le nôtre, qui nait de ce mouvement plein d’espérance : « travailler aujourd’hui à la vigne ». Le Royaume est au-dedans de nous : il s’agit, comme avec ce 1er fils, d’aller à sa rencontre en s’ouvrant à cet Amour qui nous attend. Violences… divisions… la France paraît un bateau ivre, sans capitaine. S’ouvrir à cet Amour, afin qu’il soit notre vrai et solide gouvernail.