Parabole du riche et de Lazare

26ème dimanche du temps ordinaire ‘C’   – Saint-Romain –  29 septembre 2019

1) Deux écueils à éviter dans cet évangile

Tout d’abord, le réduire à une morale : le bon pauvre et le mauvais riche. Marx ou Lénine pourraient s’en donner à cœur joie : ‘Vous voyez, la religion c’est bien l’opium du peuple’. Restez pauvre, au Ciel, ce sera tellement mieux ! Or la foi n’est pas une morale mais d’abord l’attachement à une personne.  Aujourd’hui, un nouvel ‘ordre moral’ s’instaure : on nous somme de penser, d’agir de telle ou tel manière. Or, nous, nous avons  à nous laisser éclairer par l’Esprit-Saint et à proposer le Christ.

Le 2ème écueil, ce serait d’en faire un texte sur les fins dernières : le Ciel, l’enfer…  Non, le riche n’est pas en enfer. Pourquoi ? Mais parce qu’il dialogue avec Abraham, or l’enfer, c’est l’enfermement absolu. Mais parce qu’il fait preuve de charité envers ses frères, or l’enfer c’est un lieu spirituel où il n’y a pas une once de charité. Sinon, l’enfer volerait en éclats !

2) Alors, cet évangile, qu’est-ce qu’il nous dit ?

Quelle est la ‘pointe’ du texte, comme on dit, la perspective que le Christ veut nous donner. On la trouve dans la 1re lecture, Amos. « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles […]. Ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ». L’indifférence ! Ce riche qui est obligé d’enjamber Lazare pour entrer chez lui et qui reste indifférent. Même les chiens ne sont  pas indifférents, eux, puisqu’ils « viennent lécher ses ulcères ».  Ce n’est pas du tout sa richesse que l’on lui reproche, à ce riche, mais c’est son attitude vis-à-vis du pauvre, qui est son prochain le plus proche.

Rappelons-nous Péguy : ‘il y a quelque chose de pire que d’avoir l’âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée’… et la grande Ste Thérèse : ‘le monde est en feu… Ce n’est pas l’heure de traiter avec Dieu d’affaire de peu d’importance’. Au moment où l’Etat continue à se mêler de choses qui ne le regarde pas, au moment où les dérives se font  de plus en plus sentir, il ne s’agit pas de rester indifférent. L’évêque d’Annecy, par exemple,  vient d’écrire   ‘L’enjeu est trop grave pour que nous nous résignons. Ce projet de loi nous concerne tous : quel monde voulons-nous ?’. Il faut « se tourmenter du désastre » de notre société !

3) Reprenons alors saint Paul : « Mène le bon combat »

La vie est un combat, avec des choix à faire, encore plus si on est chrétien ; ces choix, pour nous, ils se font à la lumière de « Moïse et des prophètes », c’est-à-dire de la Parole de Dieu et de celle de l’Eglise. Ce projet de révision des lois de bioéthique, cette volonté de dissoudre la cellule familiale, ces prétendus droits qui aboutissent à la production d’un homme nouveau, ce transhumanisme cet eugénisme qui ne disent pas encore leur nom, tout cela, nous avons à bien le saisir,  et à le combattre.

Ce que nous demande en 1er lieu saint Paul, c’est de « rechercher la justice ». Or, elle est aujourd’hui bafouée. Rappelons-nous ce que disait il y a 8 jours l’Académie nationale de médecine : il y a une ‘rupture anthropologique majeure’ qui se profile. C’est un changement de société que l’on veut instaurer, où l’on veut s’affranchir totalement de la nature, de notre corps, de nos limites. Le Christ nous demande, dans l’évangile, non seulement de ne pas être indifférents mais encore, devant cette situation gravissime, de travailler à éclairer notre conscience, pour pouvoir prendre part pleinement, comme disciples, aux enjeux majeurs qui se profilent. En juillet dernier, Mgr Rougé écrivait que ‘la société est en danger’ : ne soyons pas comme ce riche : « Recherchons la justice, la piété, la charité, la persévérance et la douceur »…