Qu’est-ce-que c’est que “le temps ordinaire” ?

12ème dimanche temps ordinaire ‘A’ – St Romain / ND des Bruyères – 21 juin 2020

1) Nous revenons au ‘temps dit ordinaire’

Certainement pas un temps ‘banal’, mais un temps ‘ordonné’, et ordonné vers un objectif. Non seulement, nous savons d’où nous venons : du débordement d’un Amour créateur, mais nous savons vers quoi nous allons : vers un Amour qui nous attend. Nous ne sommes pas dans le temps cyclique, d’un éternel retour, mais dans un temps dynamique : une histoire à écrire, avec la grâce de Dieu. Ce qui donne sens à toute vie.

A quatre reprises, dans cet évangile, se trouve le mot ‘crainte’. Vous le savez, la formule ‘Ne crains pas’ ou ‘N’aie pas peur’ revient 365 fois dans la Bible : une par jour ! Cela peut paraître irréaliste, alors que tant de craintes s’accumulent aujourd’hui : crainte du chômage, des violences urbaines, d’une nouvelle pandémie… Cet Amour qui nous porte ne règle rien à notre place, mais nous accompagne au jour le jour, nous soutient, nous stimule. « Le Seigneur est avec moi » écrivait Jérémie… C’est un appel à vivre pleinement notre condition d’homme.

2) Ce ‘temps ordinaire’, c’est bien le temps de la mission

En St Matthieu, nous sommes dans l’envoi en mission des apôtres : au début de ce chapitre : « Les 12, Jésus les envoya en mission, avec les instructions suivantes ». Avec des épreuves, bien sûr, mais dans le dynamisme de cet envoi. De nos jours, pourquoi tant d’anxiolytiques, pourquoi de suicides chez les jeunes ? Certainement parce que l’homme est comme amputé d’une de ses dimensions, la vie spirituelle : alors ce sont tous ces adjuvants, la pornographie, la drogue, l’alcool… On l’a bien vu au cours de ce confinement : au nom de l’hygiénisme, de la santé, on a fait disparaître la dimension spirituelle.

Le pourquoi de l’envoi missionnaire, il est indiqué dans notre passage d’évangile : c’est cette certitude que, malgré et à cause de notre fragilité (l’image des moineaux), nous sommes aimés, parce qu’importants, essentiels, uniques aux yeux de ce quelqu’un que l’on nomme ‘Dieu’. « Combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance » écrira St Paul… Cet Amour, blotti au plus profond du cœur de chaque homme, nous avons à le révéler. Il nous donne le sens de la vraie grandeur, qui est le don de soi, il nous rappelle aussi que nous sommes pas tout puissants, parce que nous restons créatures… Mais que chacun de nous a un poids d’éternité.

 

3) Avec, quand même, une finale assez déroutante dans ce passage d’évangile

« Je le renierai devant mon Père ». Jésus va nous renier ? Mais alors, pour St Pierre, a-t-il été renié, alors qu’il reniait 3 fois son maître ? Bien sûr que non ! Cette phrase du Christ, c’est, en réalité, un cri du cœur, un cri d’amour, un appel, un désir qui s’exprime, ce désir que l’on entre dans son alliance et qu’on en témoigne : « Chantez le Seigneur » s’écrie Jérémie ! Cette musique silencieuse au plus profond, nous avons à la faire chanter, en l’exprimant.

Toutes ces fragilités de l’homme, de nos sociétés, qui ont été révélées par cette pandémie : souffrance, mort, crise sociale, chômage… tout cela est encore devant nous. Nous avons à vivre de ce Dieu fragile, fragile parce qu’il attend notre réponse, notre ‘oui’. Et nous avons à Le révéler à chacun et aux plus fragilisés : toutes ces personnes qui ont peur de l’avenir si incertain, ces malades, ces personnes âgées. La mission, en ce temps dit ordinaire, n’a jamais été aussi urgente.