Quelle idée nous faisons-nous de Dieu ?

4ème dimanche de carême ‘C’  – Saint-Romain –  31 mars 2019

 

On se fait toujours des idées sur Dieu. Et on va constater que cet évangile nous oblige à les rectifier un tant soit peu…

1) Dieu est ‘tout-puissant’

Oui, Il est censé pouvoir tout ce qu’Il veut. Mais, bien sûr, se pose le problème du mal, de la souffrance. Ou plutôt de ce scandale. S’Il peut tout : alors pourquoi permet-il le mal ? « Le père – c’est l’image de Dieu – leur partagea ses biens ». Il donne tout à ses enfants ; il ne lui reste plus rien. Dieu est le pauvre absolu, puisqu’Il a tout donné.

Alors, oui, Il est ‘tout’ puissant, mais une toute puissance d’amour or, vous le savez, l’amour n’est tout puissant que s’il trouve une réponse. Sinon, il est désarmé. « Tout ce qui est à moi est à toi » dit le père au fils aîné : la création est une histoire à deux, elle est loin d’être terminée et elle ne sera belle qui si nous répondons à cet amour créateur. Nous sommes les « ambassadeurs », c’est-à-dire les collaborateurs de Dieu, nous dit St Paul. Le Christ, qui est le vrai visage de Dieu, nous présente bien cet amour désarmé, quand il est sur la croix. C’est à chacun de nous de lui permettre de vivre : nous sommes co-responsables de cette création que nous voudrions plus belle qu’elle n’est aujourd’hui. Seulement, sommes-nous conscients de cette responsabilité ?

 

2) Dieu est bien lointain…

Oui, il existe peut-être mais il est dans son ciel, au-dessus des nuages. Et s’intéresse-t-il vraiment à nous, a-t-il besoin de nous ? Alors, est-ce que nous sommes vraiment concernés ? « Son père l’aperçut… il courut se jeter à son cou ». Ce père guettait son fils, avec anxiété ; il perd toute dignité pour courir vers lui et le serrer dans ses bras. Et avec l’autre fils, « il sortit pour le supplier » : là encore, où est sa dignité de père ?

Dieu est en attente, en attente de notre réponse d’amour. Le cadet a répondu, tant bien que mal… et l’aîné ? Et moi, comment je réponds à cette anxiété de Dieu en attente ? « Si quelqu’un est dans le Christ » dit St Paul : cela veut dire que Jésus est en nous, au plus profond de nous. Mais nous avons à le faire vivre, à le mettre au monde. C’est à nous qu’est confiée cette responsabilité, par notre manière de vivre, d’aimer, de nous donner, de mettre Dieu au monde. Seulement, sommes-nous d’accord pour percevoir cet amour et y répondre ?

 

3) Dieu, c’est celui qui nous empêche de vivre pleinement

Avec toute cette morale : il faut, il ne faut pas. On le voit bien avec le plus jeune fils, qui veut s’humilier devant son père : « je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ». Et l’aîné qui n’a « jamais transgressé les ordres » de son père qu’il craint vraisemblablement. Et pourtant, regardez : c’est le père qui redonne au cadet toute sa dignité de fils et à l’aîné qui lui montre à quel point son regard était faux : à tous les deux, le père donne une vraie dignité, une vraie liberté. Une liberté et une dignité de fils.

Dieu n’est pas celui qui nous empêche de vivre ; bien au contraire, il nous dit à quel point nous sommes aimés, et par là appelés à grandir. Un regard d’amour élève, fait grandir. L’être aimé est appelé à faire la joie de celui qui l’aime : nous sommes appelés, par notre réponse d’amour, à faire la joie de notre Dieu. Seulement, Dieu est-il assez présent dans nos vies, pour que nous voulions faire sa joie ?