“Qui me voit, voit le Père”

5ème dimanche de carême ‘B’  – Saint-Romain –  21 mars 2021

1) Des grecs demandent : « Nous voudrions voir Jésus »

Est-ce une question pertinente ? Je pense que non ; d’ailleurs, on le voit, Jésus ne leur répond pas directement. Il y a des médiations : les grecs à Philippe (qui a d’ailleurs un nom grec), Philippe à André et, enfin, André qui répercute la demande à Jésus. Et la réponse de Jésus, elle est bien énigmatique.

En réalité, et c’est ce que le Christ veut dire à ces grecs : désirer voir Jésus, c’est passer par des médiations, et la dernière médiation c’est la croix, qui est le signe du don de soi : « si le grain de blé meurt, il porte beaucoup de fruits ». Si on ne passe pas par toutes ces médiations, alors Jésus risque de devenir, tout simplement une idole, une idole comme tant d’autres…

2) Alors, comment voir Jésus ?

Le Seigneur est très explicite : il faut mourir à sa vie, vie repliée sur soi-même, pour s’ouvrir à l vie véritable, vie oblative, vie donnée, d’où l’image de ce grain de blé qui doit passer par la mort à lui-même pour donner du fruit. Et pour cela, qui n’est pas possible par soi-même, il convient de suivre Jésus : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suivre ». Suivre Jésus, c’est-à-dire garder ses commandements, afin de lui permettre de prendre en nous toute sa place.

Il ne s’agit alors pas tant de ‘voir’ Jésus, comme on verrait un spectacle, que de le suivre dans une vie de service. Rappelez-vous Zachée montant sur son arbre pour, justement ‘voir’ Jésus qui passait. Le Seigneur lui demande de descendre, afin de la suivre et d’entrer dans sa maison, c’est-à-dire dans son cœur. Il faut prendre, avec courage, le chemin du don de soi…

3) Mais, finalement, pourquoi ‘voir’ Jésus ?

On le voit, à la fin de ce passage d’évangile, Jésus se tourne vers son Père et lui dit : « Glorifie ton nom ». Après toutes ces médiations, c’est Jésus qui est l’ultime médiation, ultime chemin, vers l’objectif, le but, qui est la glorification du Père. Pourquoi, près la résurrection, Jésus semble fuir : « Ne me touche pas… Allez en Galilée… ». C’est bien parce qu’il ne faut pas s’arrêter à lui, en faire une idole supplémentaire. « Il est bon pour vous que je m’en aille »…

« Qui me voit, voit le Père ». Voir Jésus, cela part d’une bonne intention, mais ce n’est qu’une étape : Jésus est le chemin mais n’est que le chemin. Il n’est pas le but et il ne faut pas s’arrêter à lui. Mais vers la source, l’origine. C’est pourquoi, à chaque messe, nous ne nous adressons pas à Jésus, mais au Père et, avant de communion, nous disons : comme Jésus nous l’a appris, ‘Notre-Père’. L’objectif de toute vie chrétienne, c’est, avec et par Jésus, unis dans le même Esprit, glorifier le Père.