Se laisser former par le maître

Homélie du père Rabel sur l’Evangile de saint Luc (6, 39-45); 8 ème dimanche du temps ordinaire ‘C’  – St Romain / NDB –  3 mars 2019

1) Trois parties dans cette parabole, avec une logique : d’abord se laisser former par le maître

Car nous avons toute notre vie pour, comme le souligne St Paul « nous laisser revêtir par cet être impérissable » qu’est le Seigneur. Cet ‘homme nouveau‘ que nous avons à devenir, car il faut devenir homme. L’objectif de toute vie chrétienne, c’est d’être « bien formé », par ce maître, le Christ, pour être comme lui : ce n’est plus la Loi qui doit nous modeler, mais une Personne, pour que nous devenions à sa ressemblance.

C’est bientôt le carême : ce temps liturgique ne résonne pas avec un ‘moins’, mais un ‘plus’ : laisser vivre, grandir le Christ en nous, luis laisser plus de place, si ce n’est toute la place. Car notre objectif de carême, ce n’est pas tant ‘faire’ telle ou telle chose, qu’être’ avec le Seigneur, d’une manière plus intime. Ne faut-il pas y penser dès maintenant ?

 

2) Se laisser former par le maître, parce que c’est lui qui permet d’y voir clair

« Secouer le tamis, pour que restent les déchets », selon l’expression de Ben Sira. Cette intimité avec le Christ doit nous permettre de voir en vérité : « enlève d’abord la poutre de ton œil » dit Jésus. Il s’agit donc de se laisser ‘éprouver’ par le Christ, mettre en lumière notre péché. Parce que, comme le souligne St Paul « l’aiguillon de la mort, c’est le péché », c’est-à-dire ce refus de participer au projet de Dieu, ce refus de faire vivre Dieu, de Le rendre agissant.

C’est bientôt le carême : se reconnaître pécheur, c’est d’abord reconnaître cet Amour qui nous précède, se reconnaître aimé, et digne d’amour… et constater la pauvreté de notre réponse. Parce que le péché n’est aucunement une question de morale, mais le refus de cet Amour offert, le refus de devenir le sanctuaire de la Présence divine et, finalement, mettre Dieu en échec. ‘L’Amour n’est pas aimé !’ s’écriait Giacopone da Todi, le disciple de St François…

 

3) C’est le Christ qui permet d’y voir clair et c’est comme cela qu’on pourra « tirer le bien du trésor »

« C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre » écrit Ben Sira et ce fruit vient « du trésor de notre cœur », c’est-à-dire du Christ dont on accepte la présence en nous. C’est lui qui, seul, va permettre à « l’homme bon de tirer le bien de ce trésor ». Nous sommes faits pour le bien, pour répondre amour pour amour. Finalement, pour que Dieu réussisse son projet d’Alliance.

C’est bientôt le carême : il ne s’agit pas de nous tourner vers nous-mêmes, dans une permanente introspection, mais, comme le demande St Paul, de « prendre une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur ». Mais il n’en reste pas moins que le 1er à convertir, c’est soi-même… ! Alors, après, on pourra peut-être agir dans le sens du bien. Nous avons donc 40 jours pour réapprendre à « faire le bien », c’est-à-dire à faire œuvre de co-créateurs, ‘fermer l’anneau d’or des fiançailles éternelles’ selon l’expression si juste de Maurice Zundel.