« Soyez dans la joie… le Seigneur est proche »

Homélie du père Rabel sur l’Evangile de saint Luc, (3,10-18), 3ème dimanche de l’Avent ‘C’, le 16 décembre 2018

1) Une question

Les foules, les publicains, les soldats : « Que devons-nous faire ? ». Avec ces réponses de bon sens de Jean-Baptiste : ‘Si vous voulez mener une vie bonne, vous mettre au service du bien commun, voilà ce qu’il faut faire’. Avec cela, il y aura peut-être plus de justice, d’entraide, de fraternité. Bref, de la bonne morale humaniste, qui tombe sous le sens. Et qui est déjà beaucoup… !

La question « Que devons-nous faire » est logique pour ces juifs. Elle le serait également pour des musulmans. Pour répondre à des commandements de la divinité, il s’agit de ‘faire’ telle ou telle chose et l’on est quitte, on est sauvé. Et, de ce fait, on est tranquille, on a l’âme en paix. Lavages de coupe, ou encore pèlerinage. Est-ce que cette attitude ne nous guette-elle pas non plu ?  On a fait telle prière, telle neuvaine, telle démarche… et Dieu devrait alors répondre à nos demandes. Et on serait quitte. C’est de la morale : on est tranquille…

 

2) Une attente

On le voit bien, ‘faire’ ne suffit apparemment pas… puis que « le peuple était en attente » souligne St Luc. De quelque chose ? Plutôt de quelqu’un… On voit bien leur question : Jean-Baptiste n’est-il pas le Christ ? D’où la réponse, encore bien évasive, du prophète. Car lui-même ne sait pas, même si Jésus fut, apparemment, un des ses disciples. Il pressent son indignité, il annonce un autre baptême, qui viendra plus tard, à la Pentecôte.

Il ne s’agit donc pas tant de ‘faire’, de poser des actes et on est quitte. Il s’agit de l’annonce d’une personne… et ça change tout ! La religion devient, non plus une accumulation de rites, de gestes, mais une relation, une rencontre. ‘Religion’ veut dire ‘relier’. Puisque nous sommes dans l’Avent, ne soyons pas obnubilés par les crèches, ou d’autres détails, car c’est un évènement du passé, mais considérons que ce temps liturgique, c’est l’attente ou l’approfondissement d’une rencontre. Avec le Christ qui vient, et qui est déjà là de multiples manières. Ne serait-ce que dans l’eucharistie que nous célébrons. Il ne s’agit nullement du ‘petit Jésus dans sa mangeoire’, mais bien de l’Esprit Saint qui veut nous bousculer, nous pousser hors de nos retranchements, de nos habitudes : ce baptême de feu évoqué par Jean. On passe alors de la tranquillité à l’intranquillité (comme l’écrit Marion Muller-Colard).

 

3) Une Bonne Nouvelle

« Il annonçait la Bonne Nouvelle au peuple ». On ne précise pas en quoi elle consiste. D’ailleurs, « nettoyer… brûler » parait plutôt inquiétant. Pourtant, à travers cette annonce, il s’agit bien d’une Bonne Nouvelle. Paul insistera dans ce sens : « Soyez dans la joie… le Seigneur est proche ». Mais c’est encore plus précis avec Sophonie : « Le Seigneur ton Dieu est en toi… Il te renouvellera par son amour ».  Annonce d’une rencontre, certes, mais d’une rencontre profonde, intime, et qui nous renouvelle.

On est donc passé du ‘faire’, bien extérieur, à ‘quelqu’un’ qui veut être plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. Qui ne fait pas que nous accompagner, mais qui veut être la Vie de notre vie. Bref, une alliance de type nuptial. Qui doit dilater notre cœur si nous l’acceptons au plus profond de notre être. Ce temps d’Avent doit nous relancer dans ce désir d’être le nouveau Temple de Dieu, le tabernacle de la divinité. Et dans une société si perturbée, si dépressive, dans ce temps si angoissant, entre crise politique et sociale  et attentats terroristes, rayonner de la joie même de Dieu.