Soyons des témoins fidèles

Solennité du Christ-Roi  – St Romain –  21 novembre 2021

1) Cette fête du Christ-Roi invite à une réflexion sur notre société : une page se tourne

La fête avait été instaurée en 1925 par Pie XI pour manifester la souveraineté du Christ sur toute la vie sociale, et pas seulement une royauté spirituelle. Les lois et les mœurs d’un pays devaient découler des valeurs évangéliques. C’est finalement ce qui s’est passé, plus ou moins, jusque vers le milieu du XXème siècle. A ce moment, l’influence chrétienne est balayée et ce sont désormais des comités d’éthique et l’humanitarisme compassionnel qui décident de ce qui est bon ou mauvais.

Nous ne sommes plus en chrétienté et le livre récent de Chantal Delsol ‘La fin de la chrétienté’ est tout à fait explicite. Oui, une page est tournée, définitivement et nous ne pouvons pas rêver : la pratique religieuse s’est effondré et une autre France est née, avec le triptyque consommation, loisirs et individualisme. On ne voit pas comment nous pourrions revenir à une société où le divorce, l’IVG, le maria homo ou la PMA pour toutes seraient de nouveau interdits. Le refus de Chirac d’évoquer ‘les racines chrétiennes de l’Europe’ est révélateur à cet égard. Nous restent des ‘valeurs’, avec une moraline tournant au despotisme et à l’irréalité.

2) Cependant, une question nous est posée…

« Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ». D’où le scepticisme de Pilate qui annonce le relativisme ambiant. Il n’y a plus ‘une’ vérité mais c’est ‘à chacun sa vérité’ et c’est la compassion ou le primat de la volonté, qui ont remplacé la vérité. Or « la vérité vous rendra libre »… ! Le relativisme, fruit de l’individualisme, est le maître : on se crée une sphère privée, la civilisation du ‘cocon’, en se désintéressant du bien commun, qui n’existe plus (voyez l’abstention).

‘Une démocratie sana valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois’ prévenait Jean-Paul II dès 1991… où l’homme dans son essence même est bafoué : on le constate avec la déferlante des études de genre, le mouvement woke… Devant tout cela, on pourrais baisser les bras, se réfugier justement dans une sphère privée confortable. Or le Seigneur fait de chacun de nous le co-responsable de ce monde, de cette société. Parce qu’il a fait de nous « un royaume et des prêtres », comme le souligne St Jean.

3) Nous avons donc aujourd’hui, + que jamais, un rôle social essentiel

A la suite du Christ, nous avons cette mission d’être des « témoins fidèles ». Il serait intéressant à cet égard de relire Tocqueville ; il voyait venir l’élan démocratique mais en même temps mettait en garde contre ses dérives, l’individualisme disloquant la société avec, au-dessus des individus, un Etat central étendant son pouvoir et cherchant à tout gérer.

Parmi les remèdes, ce penseur prophétique présentait comme clé de voûte fondamentale le rôle de la religion, pour compenser le ‘despotisme démocratique’ qu’il annonçait. Seule une transcendance, introduisant limites et différence, irriguant les esprits, pouvait faire contrepoids. Seule la transcendance, et non de fluctuantes ‘valeurs’ sauve du despotisme et de la servitude. Sinon, l’homme, dans sa démesure, se substitue à Dieu, sans limites aucunes…

Même si aujourd’hui nous sommes bien peu nombreux, on le voit, notre mission de croyants est essentielle : nous avons à réaffirmer la royauté du Christ, même si le combat paraît dur car, comme le souligne récemment Pierre Manent, ‘le pronostic vital de notre civilisation est engagé’. Cette fête du Christ-Roi nous invite donc à ne surtout pas déserter en ce monde, avec cette espérance, comme le prophétise Daniel, que « la royauté du Seigneur ne sera pas détruite ».