Trois attitudes du Christ par rapport à ses auditeurs

Homélie du père Rabel sur l’Evangile de saint Luc (4, 21-30)     Quatrième dimanche du temps ordinaire ‘C’  – Saint-Romain –  3 février 2019

1) Une qui interroge

Jésus venait d’enseigner (c’était l’évangile de dimanche dernier). Les juifs rendent témoignage et s’étonnent. Mais, bien vite, ils questionnent, deviennent dubitatifs, soupçonneux. La foule est versatile, et elle se demande de quel droit « le fils de Joseph » est aussi péremptoire : « Aujourd’hui s’accomplit ». Finalement, ils en restent à ce qu’ils savent, ou croient savoir. Et n’essayent pas d’entrer un tant soit peu dans le mystère…

Aujourd’hui, avec Jésus, l’Ecriture s’accomplit. Devant cette révélation, comment réagissons-nous ?  Sommes-nous tellement habitués que nous ne voyons pas cette merveille de l’accomplissement. Faisons-nous la fine bouche, voyons-nous les côté négatif ? Ou nous émerveillons-nous devant ces « paroles de grâce » ? Les juifs ont refusé d’entrer dans le mystère de Jésus mais c’est vrai que, pour cela, il faut une ouverture minimum à la grâce. Et non des âmes habituées… Rappelons-nous la phrase du Christ : « Ceux qui n’ont rien, il leur sera enlevé même ce qu’ils ont » : ceux qui n’ont pas le désir d’entrer dans le mystère du royaume, même ce désir leur sera enlevé…

 

2) Une qui est violente

Oui, c’est étonnant : on dirait que le Christ cherche le conflit. Il discerne bien les sentiments de ses interlocuteurs et leur dit : ‘Vous êtes ancrés dans vos habitudes. Vous n’acceptez pas ce ‘Dieu-surprise’. Du coup, ils sont furieux que la vérité advienne et en « poussant Jésus hors de la ville », anticipent la croix. Cette croix, plantée hors de Jérusalem. Finalement, le Christ est « navré de l’endurcissement de leur cœur »…

Pourquoi cette violence ? Parce que le Christ est frappé par cet aveuglement, ce peuple à la nuque raid, ces cœurs de pierre… alors qu’il attend qu’un amour réponde à son amour, lui qui est venu pour des épousailles, pour cet « accomplissement ». C’est Péguy qui écrit : ‘Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir un pensée tout faite… une âme habituée’. Et de fustiger ces ‘honnêtes gens qui ne mouillent pas à la grâce’.  « Nous avons appris » disent ses interlocuteurs : mais alors, où est la nouveauté du Christ ? Sachons accueillir ce ‘Dieu-surprise’, en sortant de nos habitudes spirituelles. Pour faire réussir le projet de Dieu !

 

3) Enfin, une qui paraît paradoxale

« Mais, lui, passant au milieu d’eux allait son chemin » : phrase étonnante. Mais on voit dans l’évangile, à plusieurs endroits, que Jésus sait pertinemment où il va, lui qui accepte dès le départ de se ‘faire péché’, de prendre sur lui le péché du monde pour, sur la croix, nous en délivrer. Mais, comme à Cana, le moment n’est pas encore venu et c’est avec cette liberté souveraine que Jésus va on chemin. Le tournant de l’évangile, c’est : « Il prit avec courage le chemin de Jérusalem », nous rappelle St Luc. Cette obstination à nous sauver : c’est pour cela que le Christ est sorti du Père.

Jésus va son chemin, pour être lui-même le Chemin qui nous délivre de l’esclavage du péché, pour nous conduire à sa suite vers le Père. Le péché, ce n’est pas une question de morale, c’est le refus de collaborer à l’œuvre de Dieu, ne pas devenir des co-créateurs. Aujourd’hui encore, il passe au milieu de nous. Allons-nous, comme les gens de Nazareth, rester sur ce « nous avons appris », où allons-nous accueillir la nouveauté de cet accomplissement ?