Trois réalités dans la Transfiguration du Christ

 

 

 Homélie du Père Rabel  2ème dimanche de carême  – Saint-Romain –  17 mars 2019

Trois réalités sont mises en valeur par cet évangile.

 

1) le sommeil et l’invitation à la foi

Une série de sommeils mystérieux rythment la révélation : d’abord celui d’Adam lors de la création de la femme (Gn 2,21), celui d’Abram (Gn 15,12), de Saül (1 Sm 26,12), ici dans l’évangile : « ils étaient accablés de sommeil ». Ces états de sommeil sont, en fait, les signes, à chaque fois, d’une alliance. Et ils annoncent le sommeil des apôtres à Gethsémanie (cf. Mt 26,40 ; Mc 14,37-40 ; Lc 22,45), mais surtout, signe de l’Alliance nouvelle, le sommeil de Jésus sur la croix, sommeil, en effet, puisque la mort n’aura pas sur lui le dernier mot.

Le carême est une invitation à entrer dans cette Alliance définitive ; si le sommeil d’Abram est lié à la foi, alors ce temps liturgique doit être pour nous une invitation à la foi : au milieu des tempêtes qui secouent notre Église, il s’agit de tenir bon, de garder le cap de la foi. La transfiguration, c’est l’anticipation de la résurrection et elle a lieu pour conforter les apôtres. Ce carême 2019, si particulier, ce lourd passage au désert ecclésial, nous ne l’avons pas choisi, mais le Seigneur nous redit aujourd’hui qu’il y a, au bout de l’agonie de Gethsémanie, la Pâque, la victoire du Christ ressuscité. Le carême est bien une invitation à la foi…

 

2) La nuée et l’invitation à l’espérance

Rappelons-nous Ex 13,21 : le Seigneur dans la nuée était présent aux Hébreux « pour leur ouvrir la route ». Ici, dans cet évangile, les apôtres « pénétrèrent » dans cette nuée : ils entrent dans la gloire. En écho, St Paul écrit : le Christ va « transformer nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux »…

Le carême est une invitation à partager la gloire du Christ. St Paul dit bien : « nous avons notre citoyenneté dans les cieux ». Et que demande le Seigneur à Abram ? « Regarde le ciel et compte les étoiles, si tu peux », ce qui signifie : ‘Acquiers le regard même de Dieu sur les évènements’. Le Seigneur est présent, comme pendant l’Exode, pour « nous ouvrir la route ». Car, non seulement il y a les évolutions de la société, qui nous laissent en plein désarroi mais, en plus, il y a tout ce que l’on découvre dans notre Église… Alors, avec la nuée, le Seigneur nous rappelle qu’Il est bien là, bien présent et qu’Il nous accompagne. Le carême est bien une invitation à l’espérance…

 

3) La blancheur et l’invitation à la charité

Comme en Mt 17,2 et Mc 9,3, il y a cette insistance sur cette « blancheur éblouissante » du vêtement. Pourquoi donc, car l’essentiel n’est-il pas le visage transfiguré, la personne même du Christ ? Non, parce que le vêtement, c’est déjà une partie du cosmos, de la création.

Le carême est donc une invitation à être les gardiens du cosmos, appelé lui aussi à la transfiguration. Voyez Gn 1,28 : « remplissez la terre et soumettez-là ». Et que dit le Seigneur à Abram ? « A ta descendance, je donne le pays ». Parce que la création n’est pas achevée et elle ne le sera que si nous acceptons d’être des co-créateurs. Or aujourd’hui, on le voit bien, la planète est comme exténuée, les préoccupations écologiques augmentent à juste titre. A nous de protéger cette création et dans le ‘grand débat national’ qui s’achève, nous avons toute notre place, notre responsabilité dans l’esprit de Laudato Si… Le carême est bien une invitation à la charité, à la véritable charité qui est de poursuivre l’œuvre du Seigneur…