Une vie transfigurée par le Christ

23ème dimanche du temps ordinaire ‘C’  – St Romain / NDB –  8 septembre 2019

 

1) « Les foules faisaient route avec Jésus… »

On peut s’imaginer toutes ces personnes qui profitent de l’aubaine : quelqu’un qui multiplie les pains, qui guérit les malades. C’est toujours bon à prendre ! Et puis, c’est un maître, qui parle bien : on fait route avec lui parce qu’on a envie de donner un sens à notre vie. Mais comment le perçoit-on, ce Jésus, parce qu’il y a ce « corps périssable qui appesantit notre âme », comme le souligne la Sagesse ? « Cette enveloppe d’argile qui alourdit les esprits », qui fausse notre entendement.

Aujourd’hui, beaucoup disent : ‘Je ne suis pas pratiquant, mais j’adhère aux valeurs chrétiennes’. Quand on pousse un peu plus loin : la tolérance, l’accueil de l’autre… Je fais partie de cette foule qui suit plus ou moins… Le risque, cependant, n’est-il pas petit à petit de se couper de la source ? Le mouvement Communion et Libération s’est récemment rassemblé à Rimini. Son responsable, le père Julian Carron,  constatait : ‘Souvent, nous avons fourni des réponses sans véritable emprise sur cette attente que l’homme a en lui […]. le christianisme se réduit à une éthique et à un discours qui sont incapables d’attirer et de prendre le cœur de l’homme’.

 

2) Mais « Jésus se retourna et leur dit »

Quelle curieuse expression ! Il se retourne. Il leur fait face. A plusieurs reprises, dans l’évangile, le Christ ‘se retourne’ : les yeux dans les yeux, il dit à ses interlocuteurs : attention, ne vous trompez pas je ne suis pas un maître de sagesse. Je suis bien plus. D’où ces phrases étonnantes : « sans me préférer à son père, sa mère… ». Et encore la traduction est édulcorée : « sans haïr son père sa mère ». Mais alors ? « Honore ton père et ta mère… Tu aimeras ton prochain, aimez-vous les uns les autres ». On n’y comprend plus rien…

En fait, c’est un appel que lance le Christ : est-ce que tu m’aimes ? « Est-ce que tu m’aimes plus que ceux-ci » dira-t-il à Pierre. Qui suis-je pour vous : un maître de sagesse qu’on suit plus ou moins. Un genre Bouddha, ou bien Gandhi, ou encore Martin Luther King… Bref, quelqu’un qui propose des valeurs humanistes. Réfléchissez : comme cet homme qui veut bâtir, ou ce roi. On peut alors reprendre le passage de Philémon : est-ce que notre vie chrétienne, c’est « à cause du Christ », est-ce que c’est « la vie dans le Christ ». Une réponse qui va jusqu’au bout, à celui qui a été jusqu’au bout de l’amour.

 

3) « renoncer à tout ce qui nous appartient »

« Que nos cœurs pénètrent la Sagesse » dit le psaume. Et la 1re lecture nous parle de l’Esprit-Saint, qu’il s’agit d’accueillir. Pour « vivre dans le Christ », et non pas suivre une morale. « Renoncer à tout ce qui nous appartient » : St Paul, dans la 1re aux Corinthiens (3,23) précisera : « Tout vous appartient… mais vous, vous êtes au Christ ».

Une invitation à passer à une vie donnée, une vie où le Christ transparait à travers nos pauvres existences. Une vie transfigurée. Le père Carron évoquait l’attente des hommes, et nos réponses dans le vide, inadéquates. ‘La plupart du temps, les gens ne comprennent pas le discours de l’Eglise’ remarque-t-il… parce que l’on ne veut plus d’une morale. Et il insiste : ‘L’homme d’aujourd’hui attend l’expérience d’une rencontre avec des personnes pour lesquelles le Christ est une réalité tellement présente que leur propre vie a changé’. Et il conclut : ‘La question fondamentale est de savoir si nous, les chrétiens, proposons une vie qui puisse fasciner, être perçue par les autres comme quelque chose de bon pour eux’.  Une vie transfigurée par le Christ vivant en nous.