La Parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean-Baptiste…

Homélie du père Rabel sur l’Evangile de saint Luc, (3,1-6), 2ème dimanche de l’Avent ‘C’, le 9 décembre 2018

1) Un moment

Les grands de ce monde, l’’establishment’ politique et religieux : des tyrans comme Tibère ou Hérode, des velléitaires comme Pilate et Hérode. D’autres crispés sur leurs privilèges, leurs habitudes,  comme les grands prêtres… Tout cela sur fond de violence extrême, mais aussi une attente dans le peuple, un désir que cela change. C’est dans cette situation que Dieu va surgir dans l’histoire, à ce moment précis.

Aujourd’hui, 2000 ans après, il y a encore des grands, des personnes qui s’accrochent à leurs privilèges, un fond de grande violence, du à des inégalités grandissantes. Il y a cette peur devant la mondialisation, un libéralisme effréné, les catastrophes écologiques. Ce rejet d’une société de plus en plus livrée au profit, à la rentabilité, à la performance, bref, une société en passe de devenir inhumaine. Mais il y a aussi des chercheurs de Dieu, une réelle attente de quelque chose d’autre. Ne rêvons pas d’un monde idéal : Dieu a plongé dans un monde tragique, du au péché originel, mais c’est pour le sauver.

 

2) Un lieu

La Parole de Dieu est adressée à Jean-Baptiste, non pas dans un palais royal, non pas dans le Temple, mais dans le désert. Lieu symbolique, s’il en est, de la rencontre de Dieu avec son peuple, lieu de l’attente d’une Terre promise, lieu d’une demande de conversion de la part du Seigneur. Mais aussi lieu où Jésus va multiplier les pains, annonce de la Nouveauté toute nouvelle qu’il apporte avec sa personne.

Aujourd’hui, c’est Jésus qui doit devenir notre désert, ce lieu qui nous mène vers le Père. C’est là où nous aurons la lumière, qui nous permettra de décrypter les évènements que nous vivons ; c’est le nouveau serpent d’airain qui va nous sauver, si toutefois nous acceptons de le regarder. Dans ce monde marqué par tant de fragilités, de fractures, ce temps d’Avent est là pour que nous approfondissions notre relation au Christ. Il faut que nous fassions de Lui notre désert, où la Parole de Dieu pourra prendre chair, nous éclairer et nous transformer.

 

3) Une action

C’est ce lieu, le désert, qui va pousser Jean-Baptiste à témoigner. Jean dont le nom signifie ‘Dieu fait grâce’, Jean qui est l’ami de l’Epoux. Son témoignage se fera au Jourdain, lieu qui, pour les juifs, est symbolique de ce qui est le plus bas dans le monde, le lieu du péché. Jean-Baptiste n’a donc pas peur de se confronter au péché du monde. Mais il le fait, non pour en être complice, mais pour un appel à une vie véritable : « tout être vivant verra le salut de Dieu ».

Comment, aujourd’hui, nous situer comme témoin de ce Dieu qui fait grâce ? Nous rappeler les merveilles déjà accomplies par le Seigneur, déceler les attentes de nos contemporains, à travers tous les évènements déroutants que nous vivons. Ne pas s’effrayer, ni désespérer, moins encore baisser les bras. Annoncer, à temps et contretemps, un Dieu qui veut que nous soyons des vivants, que rappelle que chacun a une dignité, que notre existence a un but, qui est ce « salut de Dieu », que l’être humain n’est pas une machine au service d’un système économique. Cela nécessite du courage ! Nous fêtons les 100 ans de la naissance de Soljenitsyne. Rappelons-nous le Discours de Harvard (1978) : ‘Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui […]. Le désir permanent de posséder toujours plus […] a imprimé […] les marques de l’inquiétude et même de la dépression’. « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse ! ». Vis et annonce ce Dieu qui nous veut réellement vivants, de sa Vie même !