Réapprendre à célébrer

Edito de retour du synode des jeunes par Jérôme, séminariste.

Le plus important, ce ne sont pas les bonnes idées ni leur implémentation, mais l’expérience de vie fraternelle qui en découle. L’Eglise en effet, avant d’être une institution est un corps vivant, celui du Christ, un peuple, celui de Dieu. C’est cela « célébrer » : expérimenter ensemble la vie avec le Christ, dans la joie et l’action de grâce.

Le synode des évêques sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » s’est terminé à Rome, il y a une semaine déjà. Ces débats romains ont pu nous sembler bien loin et peut-être même l’avons-nous déjà oublié. Plus proche de nous, notre journée de rentrée « S’il te plaît, dessine-moi ta paroisse » s’est déroulée il y a déjà trois semaines, et peut-être n’en voyez-vous pas très bien les suites. Ces évènements n’ont-ils servi à rien ? N’ont-ils été que des coups d’épée dans l’eau, bons à ressasser des idées maintes fois exprimées mais jamais réellement mises en oeuvre ou qui au contraire le sont en fait depuis longtemps ? Qu’adviendra-t-il de la réflexion qu’ils ont suscités ?

Un évêque africain a eu cette phrase qui m’a frappé : « Nous avons célébré le synode ». Comment ça, « célébré » ? N’était-ce pas une assemblée
destinée à essayer de répondre aux questions posées par la jeunesse aujourd’hui afin d’en tirer des propositions concrètes
d’action ? Bien sûr cela fait partie du synode comme de notre journée de rentrée paroissiale. Mais n’était-on pas appelé à vivre davantage
qu’une séance de brainstorming ? Car si ces deux évènements ne sont que cela, alors en effet ils n’auront servi dans une large mesure à rien.

C’est peut-être difficile pour nos esprits d’occidentaux modernes et cartésiens, mais il faut sortir de cette simple vision rationalisante et en
recherche constante d’efficacité la plus immédiate possible. Le plus important en effet, ce ne sont pas les idées, ce ne sont même pas les
quelques initiatives concrètes qui feront suite, mais c’est l’expérience de vie fraternelle qui en a découlé. L’Eglise en effet, avant d’être une
institution est un Corps vivant, celui du Christ, un peuple, celui de Dieu. C’est cela « célébrer » : expérimenter ensemble la vie avec le Christ,
dans la joie et l’action de grâce.

D’ailleurs, il ressort de ce synode que ce que les jeunes attendent de l’Église — cela a en tout cas toujours été mon cas — c’est d’y trouver
une véritable famille, c’est-à-dire un lieu où on se sent accueilli, où l’on nous aide à grandir et où il fait bon vivre avec des frères. Des frères,
c’est-à-dire des gens qui ne se sont pas choisis mais qui essayent tant bien que mal de s’aimer. Ce qui réunit des frères, ce n’est pas de partager
les mêmes idées, le même milieu, la même passion ou une affinité particulière mais d’avoir un même Père. C’est ici le coeur du mystère de
l’Église : elle est une mère qui apprend à ses enfants à devenir fils du Père éternel à la suite du Christ.

Ainsi ces évènements sont d’abord destinés à revivifier notre Église, à approfondir notre fraternité afin que nous nous comportions comme une
vraie famille. Aussi peut-on espérer que les suites de notre journée de rentrée ne seront pas portées à bout de bras par nos prêtres mais que,
sous leur discernement, toute notre paroisse s’en empare sur la durée. Au milieu de toutes les possibilités d’engagement, je vous lance un appel
qui me paraît à la source de tous les autres : Impliquez-vous dans la liturgie de nos paroisses. Vous trouverez dans un prochain Trait d’Union
des propositions concrètes pour cela, mais pourquoi cet engagement-là est-il si vital ? Parce que devenir la famille de Dieu, l’Église ne le peut que grâce à l’Eucharistie. Il y a deux mille ans, le Fils de Dieu est devenu l’un d’entre nous pour assumer en tant qu’homme l’attitude qui seule convient au Fils de Dieu : se recevoir tout entier du Père, se donner tout entier à lui, et à travers nos frères. Cela l’a conduit à la croix où il triomphait pour nous de la mort. A chaque messe, sa mort et sa résurrection nous sont rendues présentes afin que nous puissions nous associer à son sacrifice eucharistique et ainsi être
vraiment fils à sa suite et donc frères les uns des autres.

Jérôme, séminariste