Un cadeau de Noël : l’église Saint-Romain est réouverte

Baptême, mariage et obsèques sont à nouveau célébrés dans l’église Saint-Romain

C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie » (Luc 21,12), passage d’évangile que nous avons médité il y a peu. Nous avons été persévérants (deux ans !) et nous obtenons… notre église Saint-Romain. Joie de retrouver ce lieu de célébration où depuis tant de siècles, les chrétiens de Sèvres célèbrent l’eucharistie.

Il y aura bien quelques fidèles qui regretteront le Sel (silence, confort, chauffage…) ou les ‘salles sous-le-pont’ (convivialité, proximité avec le célébrant…) mais néanmoins, ne boudons pas notre plaisir. D’autant qu’après cette longue période de travaux, de réfection complète (de la cave au grenier pourrait-on dire) l’église, tout en gardant la patine du temps, nous revient dans toute sa beauté retrouvée, bien plus belle qu’auparavant puisque le chœur a repris sa parure du XIXe siècle et les objets d’art ainsi que les vitraux ont été restaurés.

C’est donc d’abord un grand merci qu’il faut dire à tous ceux qui ont programmé, participé et… financé cette superbe restauration : la municipalité, bien sûr, les autres administrations, l’architecte chargé des travaux et tous ces corps de métier qui, humblement, avec tout leur amour des choses bien faites, ont contribué à ce renouveau.

La réouverture de Saint-Romain est peut-être l’occasion de se redire ce qu’est une église catholique. On le sait, l’étymologie vient du mot grec ‘assemblée’ et du verbe, également grec, ‘convoquer’. Une église, c’est donc un lieu, spécifique depuis le IIIè siècle, où l’assemblée (des chrétiens, en l’occurrence) est convoquée. On pourrait s’étonner qu’une église, ce ne soit pas d’abord la ‘maison de Dieu’, mais la ‘maison de l’assemblée’.

Tout simplement parce que cette assemblée est pour Dieu. Le guide du Centre national de pastorale catéchétique ‘Du bon usage de la liturgie’ (p. 82) l’exprime fort justement : « Si Jésus n’a pas dit que le sabbat était fait pour Dieu mais pour l’homme, c’est pour qu’en totale liberté, l’homme le prenne et l’offre à Dieu […]. De même, si nos lieux de célébration ne sont pas appelés maison de Dieu, mais maison de l’assemblée, c’est bien pour que l’assemblée qui s’y réunit se prenne en charge pour se rendre à Dieu qui l’a appelée et constituée. Cela se passe à l’eucharistie où le Seigneur Jésus nous livre sa présence par le pain et le vin consacrés en son Corps et en son Sang. Ainsi la maison de l’assemblée devient la maison de Dieu ! ».

On pourrait relire également, avec profit, ce qu’écrit la Présentation Générale du Missel Romain, en son chapitre V : ‘Disposition et ornementation des églises pour la célébration de l’eucharistie’ : « Ces églises et ces autres lieux se prêteront à accomplir l’action sacrée et à obtenir la participation active des fidèles ».

Un peu plus loin, cet ouvrage parle du ‘sanctuaire où se dresse l’autel’ et précise : « L’autel, où le sacrifice de la Croix est rendu présent sous les signes sacramentels, est aussi la table du Seigneur à laquelle, dans la messe, le peuple de Dieu est invité à participer ; il est aussi le centre de l’action de grâce qui s’accomplit pleinement par l’eucharistie ». Justement, une des nouveautés de cette restauration, à Saint-Romain, c’est l’autel, qui reste le même qu’auparavant, mais qui a été avancé de quatre mètres vers la nef, pour mieux mettre en valeur le
sacrifice eucharistique et pour que les fidèles, dans une disposition nouvelle, puissent mieux y participer.

Cet autel bien mis en évidence, le chœur qui a retrouvé sa beauté picturale, un éclairage beaucoup plus approprié (c’est une spécialité de Pascal Prunet,l’architecte de cette restauration), tout cela donnera une dignité et une beauté nouvelles à nos célébrations ; le chœur ainsi dégagé pourra accueillir une chorale, mais également, d’une manière plus habituelle, le lieu de célébration des baptêmes.

« Dans nos églises, l’autel, où se renouvelle l’unique sacrifice de la Nouvelle Alliance, est le centre de convergence de tout l’édifice » (Dom Robert Le Gall ‘La liturgie de l’Église’, p. 94). Parce que l’unique temple de la théologie chrétienne, c’est le Christ, mort et ressuscité (« Il parlait du temple de Son Corps » Jean 2, 21) : c’est l’humanité de Jésus qui devient, à Noël que nous allons bientôt célébrer, le seul et unique lieu de la présence de Dieu. Et si notre assemblée sévrienne va, à nouveau, se rassembler dans cet antique édifice, façonné au cours des siècles, c’est bien pour répondre positivement à la question de Saint-Paul : « Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de Dieu ? » (1Co 3,16).

À Noël, le Verbe s’est fait chair pour nous rendre participants de sa divinité et faire de chacun de nous les témoins de cette ‘Alliance nouvelle et éternelle’ accomplie sur la croix et actualisée dans chacune de nos eucharisties. Finalement, le véritable cadeau de Noël, n’est-ce pas cela : être les témoins émerveillés et les participants actifs de cette ‘re-création’ opérée par l’Incarnation du Sauveur ?

Père Hervé Rabel